Alain Kotsov

 Cette semaine, troisième interview d'un auteur de nouvelles. Il ne m'est pas tout à fait étranger non plus puisqu'il figure aussi dans le sommaire du recueil des éditions du Cherche Midi court intitulé "60 ans, et alors ?"

J'ai donc la joie et l'honneur de recevoir Alain Kotsov.

A la suite de l'interview,
vous trouverez en avant-première un texte inédit d'Alain Kotsov,
qui pourrait être rangée dans l'étrange catégorie du fantaisie historique 
:
« La chute de l'aigle »

 

EV : Bonjour Alain. Tout d’abord, qui es-tu ?

 AK : Euh… Je suis moi. Une réponse plus circonstanciée à une question si vague pourrait occuper plusieurs volumes de la Pléiade ; mais je me suis spécialisé dans les textes courts.

EV : Bien, je vois qu'il va falloir que je progresse dans l'art de l'interview ;) Depuis combien de temps écris-tu des nouvelles ?

AK : depuis le début de ce millénaire, ou la fin du précédent. Peu avant le passage à l’euro.

EV : Quel déclic t’a poussé à écrire ta première nouvelle ?

 AK : la disparition subite et miraculeuse de la fameuse angoisse de la page blanche. Quand j’ai pu oser faire ce que Maupassant, Hugo, et Stephen King ont fait bien avant moi, sans crainte que cette démarche soit entachée d’immodestie.

EV : Pour Stephen King, je peux encore espérer arriver à l'inviter ici. Pour Maupassant et Hugo, c'est un peu tard...
Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ?

AK : la principale : c’est court. Si elle est ennuyeuse, on s’ennuie moins longtemps.

EV : Voilà pourquoi tes réponses ont aussi cette caractéristique ;)
Quels sont les genres littéraires que tu abordes dans tes écrits : jeunesse, SF, romance, policier, histoire, voyages,… ?

AK : tous ceux mentionnés dans ta question, et bien d’autres…

EV : On se laissera donc surprendre...
Comment te vient habituellement l’inspiration ?

AK : dans toutes les situations où je ne tiens pas un stylo à la main, souvent par hasard ; dans la rue, dans le métro, dans le bus, le taxi, la baignoire. Dans tout et dans n’importe quoi ; et surtout dans mon lit.

EV : Serait-ce donc le stylo qui serait responsable du syndrome de la page blanche ?
As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

AK : oui

EV : Cela m'apprendra à poser des questions fermées !
Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

AK : ne jamais écouter les conseils des autres.

EV : Mais alors, faut-il écouter ce conseil ? ;)
Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un lecteur de nouvelle ?

AK : acheter les miennes. Seule exception à la question précédente. (Acheter ou juste lire – beaucoup de mes textes sont en accès libre et gratuit)

EV : On en reparle bientôt...
Qu’aimerais-tu ajouter ? un coup de coeur, coup de gueule ? 

AK : CDC : attendez, laisse-moi réfléchir… CDG : 90 % des règlements des concours de nouvelles sont très mal fichus. Certains livres à succès (pas tous !) ne valent pas tripette, et pourtant ils se vendent bien.

CDC : oui, j’en ai plein. La communauté des auteurs débutants, amateurs, dilettantes, auto-édités, est assez sympathique, beaucoup d’écrivains talentueux n’ont pas la place qu’ils méritent. Les organisateurs de concours (en dehors de Paris) sont pleins d’enthousiasme et de bonne volonté. On est souvent bien accueilli. L’Humanité, dans son ensemble, est plutôt composée de bons bougres ; le verre est plus qu’à moitié plein, heureusement !

EV : Et bien voilà, il ne m'a fallu que dix questions pour arriver à une réponse plus développée, je progresse :)
As-tu déjà été publié ?

AK : oui. Bénévolement sur des sites internet, chez « l’anthologiste », collection « pause nouvelle », ça c’est pour le numérique. En auto-édition (Thebookedition) ; dans des recueils de textes lauréats de concours où j’ai connu la joie d’être distingué. Et surtout chez Jacques Flament (une longue nouvelle, « Ivan », collection « côté court »), où je suis en très bonne compagnie. J’ai aussi préfacé dans cette honorable maison un beau livre de photos sur l’Albanie (« Le pays des Aigles »).

EV : Certains de tes textes sont donc disponibles sur le web ? Peux-tu nous proposer une sélection de 3 titres  ?

1- Scribay 
2- WeLoveWords 
3- YouScribe

En réalité, ça fait bien plus que 3 titres, les 3 liens donnant accès à plusieurs nouvelles, ou poésies ; mais puisqu'hors antenne, tu m'avais autorisé à déborder du cadre... 

EV : Où peut-on te retrouver ? 

Email : alain.kotsov@gmail.com

Site Web : http://baykus.a2co.org/m2.htm

Compte FB : Alain Kotsov

Ah oui ! J’ai répondu un peu laconiquement à la question : « as-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ? », eh bien j’en ai une :

C’était il y a quelques années, au printemps, dans un petit village du Limousin. J’avais obtenu la troisième place dans un concours de nouvelles organisé en parallèle avec le salon du livre de la commune, une manifestation régionale bien éloignée du sixième arrondissement de la capitale, mais qui attirait un nombreux public venu desenvirons. La halle moyenâgeuse dévolue habituellement à la vente de fruits, légumes, charcuterie, fromages, poules et canards, avait été convertie pour l’occasion. Elle abritait une vingtaine de stands sommaires, simples planches de bois reposant sur des tréteaux, recouvertes de nappes en papier blanc, sur lesquels étaient disposés des piles de livres de toutes sortes. Les auteurs, dont la majorité semblait appartenir à la catégorie des « ménagères de plus de cinquante ans », et dont la mise simple laissait deviner qu’ils n’évoluaient pas dans le milieu des écrivains germanopratins, attendaient, assis sur des chaises pliantes, le stylo à la main, que les chalands ayant pris en main leurs ouvrages pour en lire la quatrième de couverture accomplissent l’acte suivant, celui de l’achat, étape indispensable à celui qui ravit davantage l’auteur que son client : la dédicace. En ma qualité de lauréat, on m’avait accordé à titre gracieux un étal où j’avais disposé, outre mes quelques opus, deux corbeilles remplies de bonbons et de chocolats.

Soudain, une rumeur courut dans les allées. Le flot des visiteurs et le regard des invités se dirigèrent vers l’entrée donnant sur la place de l’église. Du côté opposé où je me tenais, je ne compris par tout de suite la cause de ce subit intérêt ; d’autant plus que le lieu d’attraction se dissimulait derrière une foule de plus en plus dense. J’interrogeai ma voisine, une institutrice retraitée reconvertie dans le conte pour enfants ; sa réponse me plongea dans une grande stupéfaction : IL était là ! « Lui ? Vous voulez dire le ?... », « Je vous l’assure, affirma-t-elle. On m’avait dit qu’il passerait peut-être, mais je n’y croyais pas trop. »

J’avais totalement oublié qu’on était alors dans les derniers jours de la campagne électorale, et j’avais du mal à réaliser qu’à quelques pas de moi se trouvait l’un des deux favoris à l’élection présidentielle. Je le vis déboucher entre deux haies de badauds. Il était sobrement vêtu, flanqué de sa compagne de l’époque qui portait une élégante robe beige. J’appris par la suite qu’il avait fait un petit détour entre deux étapes pour rendre visite à un ancien camarade de régiment qui occupait la fonction de maire de cette petite commune. Il fit le tour des stands, serra de nombreuses mains, et, arrivé devant ma table, s’arrêta pour examiner mes ouvrages. « J’aime beaucoup ce que vous faites, me dit-il avec un sourire, surtout « la casserole » ». Je n’en croyais pas mes oreilles, et je fus encore plus sidéré quand il me pria de lui dédicacer un livre, qu’il tint à me payer de sa poche. Il prit quelques bonbons, les fourra dans sa poche, et poursuivit sa marche, me laissant interdit.

Bien sûr que ce n’est pas vrai ! Une histoire aussi intéressante ne peut qu’être issue d’une imagination débridée. Si je racontais ma vie, croyez-vous qu’elle serait plus intéressante que la vôtre ? C’est pourquoi, dans mes lectures aussi bien que dans mon écriture, j’incline à m’éloigner du quotidien. Je privilégie les lieux, les temps, les situations qui me font voyager loin de la réalité ; l’endroit le moins passionnant où je suis, tout comme vous, condamné à vivre. Les mots sont pour moi le moyen le plus efficace pour m’évader temporairement de cette prison.

EV : Un énorme merci Alain. Tu fais de moi un interviewer comblé, puisqu'ainsi, c'est une courte nouvelle que je peux proposer en exclusivité à nos lecteurs ! A très bientôt j'espère.

 


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C'est au tour d'Alain de nous offrir une nouvelle inédite.
Elle mêle histoire et fantastique.
Le résultat est très agréable à lire.
J'espère que vous serez du même avis ;)

LA CHUTE DE L’AIGLE

 I

Pour mettre un terme une bonne fois pour toutes à la polémique qui perdurait depuis 1821, les autorités britanniques se résolurent enfin à accepter, voire encourager, l’initiative proposée par une grande partie de la communauté des historiens et des scientifiques : l’ouverture du tombeau de Napoléon. L’empereur était-il décédé de mort naturelle ou l’avait-on empoisonné ? Le roi d’Angleterre déclara que, quoi qu’il dût en coûter à la réputation de son pays, la vérité devait être établie. Et que, si la culpabilité des geôliers qui gardaient le grand homme à Sainte Hélène s’avérerait engagée, il s’était écoulé suffisamment de temps pour que les relations entre la République française et le Royaume uni ne dussent en souffrir.

Quand on procéda à l’ouverture du cercueil, la planète entière se passionna pour l’événement. Lors de l’annonce du résultat des analyses, la fréquentation des chaînes de télévision et d’internet connut un pic d’audience jamais atteint auparavant. Il fut établi de façon certaine que :

1. Les restes reposant aux Invalides étaient bien ceux de l’Empereur, ce qui levait les derniers doutes à ce sujet.

2. Napoléon n’avait pas succombé à un cancer de l’estomac, mais était décédé des suites d’un empoisonnement à différentes substances toxiques, notamment le cyanure. La présence dans le corps de produits masquant et la chronologie de l’absorption des poisons indiquaient que le ou les meurtriers, qui ignoraient les moyens d’investigation modernes, avaient mis tout en œuvre pour dissimuler leur crime.

La question qui se posa alors tenait en un mot : « qui ? » Le gouverneur de l’île, Hudson Lowe qui détestait cordialement celui que ses compatriotes nommaient « le tyran » ? Un espion anglais, mandaté par le roi George IV qui aurait accompli sa mission mortelle à l’insu de tous ? Un membre de l’entourage du souverain déchu ? Cipriani, le maître d’hôtel que certains soupçonnèrent d’être un agent double ? Ou plus probablement le marquis de Montholon, un des compagnons de captivité de l’empereur, qui avait de bonnes raisons de lui en vouloir ? : d’abord parce que sa femme Albine a certainement accordé des faveurs coupables à l’illustre prisonnier, ensuite parce qu’il possédait de solides relations dans les milieux royalistes, et aussi parce que son nom figurait en bonne place dans le testament de Bonaparte ; et surtout parce que la vie à Sainte Hélène l’ennuyait prodigieusement, et qu’escorter pendant des années la vieillesse du petit caporal ne lui offrait aucune perspective. Cependant d’autres historiens prétendaient le contraire et assuraient que Montholon faisait partie des plus fidèles alliés de l’Empereur.

On le voit, le sacrilège commis par l’ouverture du tombeau, s’il apportait des réponses à certaines questions, en posait cependant de nouvelles…

 

II

 « Je vous ai convoqué, cher collègue, pour examiner un cas étrange. En 30 ans de pratique dans les plus renommés des hôpitaux psychiatriques, je n’ai jamais rien vu d’aussi troublant ! »

Le docteur Pelletier appuya son propos d’un coup de canne qui fit crisser les graviers de l’allée. Les malades, dont c’était l’heure de la promenade, se retournèrent à ce bruit, et le professeur Gagnon, titulaire de la chaire de psychologie à la Sorbonne, lui lança un regard dubitatif.

« Le patient que vous m’avez décrit dans votre message souffre d’un symptôme assez banal, il me semble. Croyez-moi, des cas identiques, j’en ai vus des pelletées dans ma carrière ! Et l’actualité récente ne fait rien pour arranger les choses… »

Le docteur, en guise de réponse, pointa sa canne vers un homme bizarrement attifé qui se tenait debout à l’angle que formaient la cantine et le dortoir. Il saisit la manche du professeur et le conduisit en direction de l’étrange individu.

Celui-ci portait une redingote élimée dans laquelle plongeait sa main droite, entre deux boutons, au niveau de l’estomac, et un caleçon long d’une blancheur défraîchie. Mais ce qui donnait à sa mise un aspect vraiment bizarre était son couvre chef : une espèce de bicorne confectionné avec du papier journal.

Le professeur ne put résister à l’envie de lui poser la question :

« Pour qui vous prenez-vous, mon brave ?

- Comment ça pour qui je me prends ? – répondit l’homme avec un fort accent corse – Je SUIS Napoleone Buonaparte, Empereur des Français !

- Ah bon ? Désolé sire. Et que voyez-vous là-bas ? Interrogea malicieusement le professeur en désignant un petit merlon situé à l’autre bout de la cour.

-  Eh bien, c’est le plateau de Pratzen. La clef de voûte de mon dispositif de contre-attaque ; demain, j’y envoie Soult qui enfoncera les Russes, pendant que Lannes et Murat consolideront leurs positions au nord. »

Le docteur Pelletier tira le professeur par la manche et l’entraîna hors de portée de l’aliéné.

« Qu’en pensez-vous ? – lui dit-il.

-  Eh bien, des types qui se prennent pour Napoléon, on en voit tous les jours dans nos métiers. Je ne vois là rien d’extraordinaire.

-  Mais ce qui fait tout l’intérêt de ce phénomène, c’est que sa maladie s’accompagne d’une modification radicale de ses capacités intellectuelles. Si je vous disais que ce pauvre homme, dans sa vie passée, était l’idiot du village où il demeurait. Il n’a jamais pu obtenir son certificat d’études, et selon ses parents et son entourage, il est pratiquement illettré. Il travaillait comme valet de ferme, et la seule culture qu’il connaissait était celle des navets et des pommes de terre.

-  Voilà qui est troublant !

-  Alors qu’aujourd’hui, il possède une connaissance des batailles napoléoniennes qui ferait rougir les plus grands spécialistes de cette époque. Il a une grande maîtrise de la tactique militaire. Et, le croirez-vous, il écrit le soir à la plume d’oie des lettres adressées à Joséphine. Dans une calligraphie admirable et sans la moindre faute d’orthographe !

-  A première vue, il s’agit d’un délire hallucinatoire accompagné d’un dédoublement de la personnalité. Mais, comme vous le dites, il n’y a pas que ça. La science a des limites et ne parvient pas à tout expliquer ! »

 

III

Près de 2 siècles auparavant, dans l’île perdue au milieu de l’Atlantique que les vainqueurs de l’Aigle avaient choisie comme lieu de son dernier exil, le marquis de Montholon demanda à être reçu par le gouverneur Lowe pour une affaire de la plus haute importance.

« Que me vaut le plaisir de votre visite, cher marquis ? – s’enquit le gouverneur dans un parfait français.

-  Je vais vous le dire tout de suite ; mais auparavant  promettez-moi un secret absolu sur tous les propos que nous allons tenir dans ce bureau..

-  Comptez sur moi !

- Voilà, il s’agit de Lui – dit le marquis en désignant du doigt un portrait de l’Empereur qui trônait au-dessus de la cheminée. Depuis une semaine, il se conduit d’étrange façon : il tient des propos incohérents, invente des mots, et ne paraît plus se souvenir de ses batailles, des événements de son règne, et même de son enfance. Je crains que son cerveau ne soit atteint. Il faut dire que depuis Waterloo il n’est plus le même…

- En effet ; j’ai beau en vouloir terriblement à cet homme d’avoir mis l’Europe à feu et à sang, le sentiment qu’il m’inspire aujourd’hui est plutôt la pitié.

-  Bien que ne partageant pas votre point de vue, je ressens la même chose. Venez ce soir à Longwood je vous prie, vous y constaterez l’état de votre prisonnier.

Le crépuscule tombait lorsque les deux hommes atteignirent le jardin où Napoléon, vêtu très simplement et coiffé d’un chapeau de paille, binait un parterre de navets. Le gouverneur entama la conversation :

« Je me félicite, mon général, que vous ayez entrepris l’aménagement de ce potager. Le docteur O’Meara m’a affirmé qu’un peu d’exercice ne peut vous faire que du bien.

-  Sans compter que cette occupation – renchérit le marquis – permet à votre Majesté d’occuper agréablement son esprit et de briser la monotonie de son existence ; Les distractions sont rares à Sainte Hélène… Je vous fais mes compliments, votre jardin est magnifique, Sire !

-  Ben, c’étions surtout qu’avec ces bonnes patates, ces beaux navets et ces bonnes carottes, j’pourrions faire une sacrée bonne soupe ! – répondit le jardinier. Et qu’est-ce vous avez donc à me servir du « général », du « Majesté », du « Sire » ou du je-ne-sais-quoi. Seriez point en train de me moquer ?

- Mais qui êtes-vous donc ? – demanda Lowe interloqué. Et comment doit-on vous nommer ?

-  Ben, vu qu’mon nom à l’état civil est Jean-Paul Chombard, app’lez moi, Jean-Paul, Monsieur Chombard, ou Maît’Chombard si ça vous chante… Et si vous voulez vraiment me faire plaisir, ach’tez-moi un tracteur, ou un motoculteur ; j’en aurions bien besoin pour labourer c’te fichue terre. »

Le gouverneur et le marquis prirent congé de l’Empereur et devisèrent en marchant sur le chemin qui menait à la demeure d’Hudson Lowe.

« Vous voyez, – dit Montholon – il n’a plus toute sa tête. Il baigne en plein délire. Un homme autrefois si grand, et aujourd’hui si diminué !

-  Oui, quel dommage ! Le général est encore jeune et il lui reste des années à vivre. Que retiendra l’Histoire de celui qui fut le maître de l’Europe ? Austerlitz ? Iéna ? Wagram ? Ou la lente agonie d’un vieillard gâteux sur une île perdue au milieu de l’océan ?

-  Et vous, gouverneur, resterez-vous dans les mémoires comme le geôlier d’un monarque déchu qui ne pense qu’à regagner l’Europe pour y reprendre le combat ? Ou le gardien d’un vieil homme sénile ? C’est pourquoi il m’est venu une idée… »

Deux jours après, le marquis se rendit au jardin de Longwood. Son maître, assis sur un banc, suait à grosses gouttes dans la chaleur étouffante de l’après-midi.

« Il fait soif, n’est-ce pas ? Je vous ai apporté du sirop d’orgeat, c’est très désaltérant.

- C’étions point mauvais ! – s’exclama Napoléon après en avoir bu un verre. – Un peu amer, mais point mauvais ! Et ça coupe la soif. Apportez moi-z-en une bouteille d’ici demain. J’ai comme l’impression que je vais y prendre goût ! »


FIN


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