Encore quelques jours de patience
et nous connaîtrons le verdict
du jury de l'appel à texte des éditions RroyzZ 
sur le thème de l'eau...

En attendant, voici la suite de ma copie. 
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monsou 

 

Changements climatiques

Troisième partie

Monsou

Une fois seuls, Lena interroge son compagnon.
- Qui sont ces hommes en combinaison, des gardes, une milice ?
- Pas vraiment. Ils ne sont armés que d'outils. Alors que l'eau douce constitue un trésor vital, l'eau salée est bien plus ambigüe. La mer nous fournit une grande partie de notre alimentation, mais elle peut devenir en un instant notre plus impitoyable ennemie. Nous en avons fait l'amère expérience cette nuit. Ce serait bien pire si elle envahissait nos tunnels et couloirs situés à plus de 300 mètres sous la surface. C'est pourquoi, dans chaque secteur, une brigade spécialisée traque la moindre infiltration pour la colmater. Malgré cela, ils sont parfois obligés de condamner des tronçons entiers derrière des portes étanches.

Fli ouvre un placard. Il en sort deux combinaisons renforcées, deux paires de bottes et deux casques munis de lampes frontales.
- Prends ceci, ce devrait être à ta taille. Il n’existe pas de meilleure tenue dès que l'on s'écarte des tunnels principaux.

Les couloirs se succèdent les uns aux autres, éclairés à intervalles réguliers par des plafonniers.
- Des lampes électriques. Je m'étonne qu'il y ait tant de lumière ici.
- C'est essentiel dans les zones habitées. Cela évite bien des dépressions pour tous ceux qui n'ont pas ma chance d’assurer des tours de garde en surface. Grâce aux variations d'intensité, nous reproduisons même les cycles jour/nuit.
- Cela doit nécessiter une énergie colossale !
- Il existe à une vingtaine de kilomètres au sud, un vieux et profond puits géothermique, toujours en exploitation. Grâce à des circuits d'eau chaude, on produit de l'électricité tout en transportant de la chaleur par un réseau secondaire. C'est grâce à cela que l'air ventilé que tu sens est d'une température agréable.
- Je suis vraiment surprise de trouver de telles installations sous terre. On dirait une fourmilière géante ! Vous devez former un groupe nombreux…
- Nous nous comptons en milliers. Mais ce n’est qu’une infime partie de la population qui vivait sur la terre ferme avant la catastrophe.

Ils empruntent un escalier caché derrière une lourde porte de sécurité. Ils descendent d'une dizaine de mètres avant de franchir un sas. L'odeur est nauséabonde. L'éclairage bien plus parcimonieux.
- Où sommes-nous ?
- Nous avons quitté la partie habitée pour rejoindre le réseau d'évacuation des eaux usées datant d'avant la Grande Inondation. Ces canalisations les conduisent jusqu'à une station de retraitement souterraine où elle est assainie avant d'être réutilisée pour nos cultures en cave ou même hors sol.

Une nouvelle porte, un nouvel escalier, un nouveau sas et ils se retrouvent dans un réseau de couloirs étroits aux parois claires, parfois ornées de dessins à base de formes géométriques. Il n'y a plus d'autre éclairage que celui de leurs lampes frontales. Lena s'arrête à un croisement où s'enchevêtrent de nombreux signes cabalistiques peints ou simplement gravés. Il y a même une plaque où l'on distingue encore assez aisément l'inscription "Rue d'Alésia". Devant le regard interrogateur de la jeune femme, son guide reprend.
- Nous sommes maintenant dans un labyrinthe de galeries calcaires qui ont probablement servi de carrières il y a fort longtemps. Nos ethnologues pensent qu'elles ont ensuite servi de terrain de jeu pour la jeunesse étudiante qui les désignait sous le nom de catacombes et posaient ces repères pour retrouver leur chemin.
- Elles ont donc servi de cimetière ?
- Pas vraiment, on a juste trouvé un ossuaire dans un espace bien délimité.
- Elles sont si grandes que ça ?
- Elles couvrent des dizaines de kilomètres carrés. Mais la plupart sont condamnées. Nous ne pourrions pas surveiller les infiltrations sur un périmètre si grand. Nous n'avons donc gardé que celles qui nous sont utiles pour nous rendre d'un endroit à l'autre sans avoir à creuser nos propres tunnels.

Pendant plus d'une heure, Fli ouvre la marche d'un pas assuré. Dans la pénombre, ils n'entendent plus que l’écho de leurs pas qui se propage dans le dédale de boyaux. Lena a l'impression de voyager dans une autre dimension, entre deux mondes. Sans que rien ne le laisse présager, ils débouchent subitement sur une vaste salle encombrée d'imposants piliers espacés de cinq mètres les uns des autres.
- Nous sommes arrivés à Monsou. Ces 1800 colonnes soutiennent notre plus beau joyau. Un immense réservoir d'eau potable d’une capacité théorique de 300 000 m3. Avant la Montée des Eaux, il permettait d'assouvir les besoins de plus d'un million de personnes.

Un escalier en colimaçon caché dans un des piliers les mène à un poste de commandement encombré de vannes et d’instruments techniques divers. Un couple veille sur les différents écrans.
- Eh Fli, que fais-tu ici ? Tu viens nous relever ? Ce n’était pas prévu, mais c’est vraiment sympa de ta part, lance la femme d’un air jovial et taquin.
- Désolé Arti, ce n’est pas encore pour maintenant. Vous avez des problèmes de comm ?
- Ne m’en parle pas. On se sent encore plus isolés. Marti et Lor inspectent les gaines techniques pour trouver où est le problème. Probablement une micro-infiltration qui aura provoqué un court-circuit quelque part… Mais tu ne m’as pas répondu ? Que nous vaut l’honneur de la présence du conseiller Fli ?
- De mauvaises nouvelles, malheureusement. Reif est perdu. Sa conduite d’eau aussi. Il faut fermer la canalisation qui en vient.
L’air sombre, le compagnon d’Arti se lève et s’approche du mur du fond. Il tourne un volant en fonte jusqu’à arriver en butée. Il le bloque avec une goupille rouge et conclut sobrement.
- Conduite Reif fermée.
Comme pour détendre l’atmosphère, Lena lui montre un instrument de mesure accroché à un tube métallique qui disparaît dans le plafond.
- Je me trompe où ce tube remonte jusqu’à la surface ?
- Non, non, c’est bien ça. Grâce à un flotteur, il nous permet de mesurer et d’enregistrer en permanence la hauteur de la mer et de vérifier mois après mois la baisse des eaux. Nous ne savons pas encore si cela prendra encore un ou cent ans, mais un jour, nous, ou nos descendants, pourrons retourner sur la terre ferme. C’est certain.

Se détournant quelques minutes de la conversation générale, Lena sort discrètement un boitier métallique d’une poche intérieure. Si quelqu’un l’avait observé attentivement, il l’aurait vu taper une suite de chiffres et de lettres, avant de sortir un fil dénudé d’un compartiment secret pour l’entourer autour du tube métallique qui s’enfuit par le plafond. Elle cache le tout sous son casque avant de revenir au poste de commandement l’air détaché. A travers les baies vitrées, grâce à un éclairage tamisé, elle peut admirer une immense cathédrale souterraine inondée par une eau claire et bleue.
- Quel spectacle, je n’ai jamais vu autant d’eau potable !
- Une eau qui demande une vigilance permanente. Les bulles d’air que tu vois là-bas correspondent à l’un des systèmes permettant à la fois son oxygénation et le maintien d’un léger courant. En cas de problème, nous pourrions aussi la traiter de manière chimique, mais heureusement ce n’est pas arrivé depuis des décennies.
- Lena, avant que tu ne sois complètement hypnotisée par le spectacle, il nous faut reprendre la route. Nous avons encore un long chemin avant de rejoindre le Conseil. J’ai un rapport à faire… Madame, Monsieur, le devoir nous appelle. Je vous souhaite une bonne garde !

Tout aussi discrètement, Lena reprend son matériel en même temps que son casque et suit son compagnon vers la sortie. Ils reprennent leur marche.
- Fli, merci de m’avoir amenée avec toi. Je ne suis pas prête d’oublier la beauté de ce réservoir. Je me sens l’âme d’un explorateur qui découvre une civilisation oubliée !
- Je suis heureux que tu l’apprécies. J’avais peur que tu sois victime de claustrophobie dans notre monde souterrain. Encore une petite heure de marche et nous serons à Arnas. Nous pourrons monter en haut de la tour et nous reposer quelques heures avec vue sur le ciel ! Tu pourrais en profiter pour me parler du monde dont tu viens. Ce sera utile pour mon rapport…
- Bien sûr, je vais satisfaire ta curiosité. Je suis originaire de Jnev, un monde montagneux, un des rares où l’on vive encore sur la terre ferme.
- Jnev. On en parle dans certaines de nos légendes...
- La réputation du peuple des elves est donc venue jusqu’ici !
- Tu ne m’as pas vraiment expliqué les circonstances qui t’ont amenée à Reif…
- En fait, ma famille a quitté la ville de Jnev quand j’étais encore enfant, dans le cadre de la colonisation d’une série d’îles choisies pour former un réseau de guet en cas d’attaque extérieure. J’y ai vécu heureuse pendant une quinzaine d’années, passant la majeure partie de mon temps à naviguer et à pêcher.
- D’où ton voilier…
- Oui, j’étais en mer lorsque les Barbs ont attaqué notre île. Je n’ai pas pu accoster et j’ai pris la fuite plein Ouest. De petites communautés m’ont hébergée quelques jours. Mais je sentais bien que j’étais un poids pour eux, tant leurs réserves d’eau étaient insuffisantes, jusqu’à ce que j’arrive à Ampa. Tu connais la suite.

* * * * *

L’air soucieux, se tenant les mains derrière son dos, l’amiral déambule de long en large dans son bureau. Il ne peut rien faire d’autre que d’attendre et la patience n’a jamais été son fort. Lorsque l’on frappe à sa porte, la diversion est la bienvenue.
- Entrez, Tell. J’espère que vous avez de bonnes nouvelles pour moi.
- Monsieur, il est encore trop tôt pour vous apporter une analyse argumentée et consolidée, mais comme vous avez demandé à être informé de tout développement…
- Aux faits, venez-en directement aux faits, je vous prie.
- Nous avons reçu un message express d’un agent de terrain. Le code employé annonce qu’il a probablement trouvé une communauté correspondant à nos critères.
- Vous avez les coordonnées ?
- Absolument, Monsieur.
- Parfait. Ordre d’enclencher la phase deux.
- Mais, sauf votre respect, Monsieur, la procédure impose un rapport circonstancié préalable.
- Je vous le répète. Ordre d’enclencher la phase deux.

* * * * *

A suivre... en cliquant ici !

Erik Vaucey

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