Emmanuel DelporteNous avons fait connaissance à l'occasion d'un duel entre nos nouvelles
dans le cadre du 5ème tournoi des nouvellistes.
Depuis, nous nous croisons régulièrement.
Nos textes se cotoierons à nouveau à l'automne
dans l'anthologie sur l'eau des éditions Rroyzz

J'ai le grand plaisir d'accueillir aujourdhui
Emmanuel Delporte

 

EV : Bonjour Emmanuel. Tout d’abord, qui es-tu ?

ED : Un homo sapiens sapiens de 36 ans. Je suis né en mai 1979 en Isère, je vis pour l’instant en Bretagne. J’ai deux enfants, et quand je n’écris pas des textes abominables, je travaille de nuit comme infirmier. Dans d’autres vies, j’ai fait plein d’autres trucs, mais ce n’est pas forcément intéressant.

EV : A quelle époque de ta vie as-tu commencé à écrire ?

ED : Je devais avoir 15 ans quand j’ai écrit ma première nouvelle, qui était un mix improbable entre Tolkien et Italo Calvino. Par la suite, j’en ai commencé plusieurs et terminé… aucune. Ensuite j’ai écrit trois romans mais ils m’ont épuisé, vidé. J’ai arrêté d’écrire et presque complètement arrêté de lire, pendant presque trois ans. Je m’y suis remis fin 2013, avec une approche différente. Je cherche avant tout à me faire plaisir.

EV : Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ta première nouvelle ?

ED : Un mécanisme inconscient, principalement. Je ne me suis pas dit « tiens, aujourd’hui, je vais écrire une nouvelle. » J’étais très mal dans ma peau, j’étais plein de colère et de rancœur, j’étouffais sous un trop plein. Du genre à donner des coups de poing dans les murs. J’adorais lire, surtout Calvino et Maupassant. Ecrire me faisait du bien. Un soir, j’ai pris une feuille et ça a coulé tout seul. Depuis, j’ai beaucoup réfléchi à la question et j’en suis venu à me dire qu’un auteur ne choisit pas vraiment d’écrire. C’est quelque chose qui s’impose à lui. Il faudrait demander à un psychiatre son avis là-dessus ! C’est comme une maladie mentale. Quand j’ai arrêté d’écrire, lors de mon break forcé, j’avais l’impression d’être un imbécile heureux. Je m’obligeais à ne pas écrire, comme un alcoolique s’obligerait à ne pas boire.

EV : Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ?

ED : On pourrait croire qu’il est plus facile d’écrire une nouvelle qu’un roman. En vérité, c’est différent. Ni plus simple, ni plus difficile. Je n’aime pas opposer romans et nouvelles. Les deux formats ont leurs qualités et leurs défauts. Les romans permettent de développer les idées, les intrigues, les personnages, mais c’est à double tranchant. Certains auteurs comme Mélanie Fazi écrivent lentement, laissent mûrir leurs histoires pendant parfois des années, indépendamment de la longueur finale. D’autres comme Stephen King crachent les mots à la mitrailleuse. Dans tous les cas, un bon texte n’a pas besoin d’être long pour être percutant. En revanche, un texte long a plus de chances de devenir chiant. La nouvelle, du fait de son format, permet d’être incisif, et oblige l’écrivain à ne pas se disperser, à travailler les non dits. Il faut limiter le nombre de personnages et les doter de traits de caractère forts. Et puis les chutes… C’est ce qui fait vraiment l’âme d’une bonne nouvelle. On peut réussir à couper le souffle au lecteur. Autant, dans un roman, je trouve que la fin n’a pas forcément cette vocation, autant c’est un principe fondamental de toute bonne nouvelle. Bon, c’est impossible d’y parvenir à chaque fois !

EV : Quels sont les genres littéraires que tu abordes dans tes écrits ? 

ED : La notion de la liberté chez l’écrivain est toute relative. Je me demande si un écrivain a vraiment le choix de son genre littéraire. Philip K. Dick, par exemple, rêvait de publier de la littérature générale, et il s’est toujours fait jeter par les éditeurs ! Quand je me lance dans un récit, c’est en fonction de mes inspirations du moment, et elles sont très vastes. Je n’aime pas les cases, les tiroirs. Disons que j’ai une appétence pour la SF, le fantastique et l’horreur, mais que j’aime aussi le polar, et que je suis attentif à l’écriture, au choix des mots, à la structure du récit. J’aime les divertissements de qualité, bien écrits, riches au niveau littéraire. Je m’efforce de m’y employer. Aux lecteurs de dire si j’y parviens ! Ce sont les seuls juges, au bout du compte.

EV : Comment te vient habituellement l’inspiration ?

ED : Il n’y pas de formule magique. Il faut être attentif, observateur. Parfois, des idées me viennent sans que je m’y attende, d’autres fois, je me penche sur un thème précis et je cogite dessus. Et puis il y a les rêves. Les rêves sont la source magique à laquelle s’abreuvent les créateurs et les artistes. Comme disait Shakespeare : « Nous sommes faits de la même matière que les rêves. »

EV : As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

ED : Les trucs les plus exaltants qui me sont arrivés en écrivant, ce sont des crashs de disque dur avant d’avoir sauvegardé ! Ou alors, le nombre de refus que j’ai reçus, et que je reçois encore. Je pourrai remplir un matelas avec les courriers de refus que j’ai reçu. Mieux vaut en rire.

EV : Tu as sans doute la matière nécessaire pour réunir les plus belles perles des courriers de refus dans une chronique ? ;)
Quels conseils donnerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

ED : De mettre son téléphone en silencieux, de déconnecter Internet, de s’asseoir derrière son clavier et de s’y mettre ! Et de recommencer. Et ainsi de suite. Et puis de lire des nouvelles, beaucoup, de tous genres et de tous styles. Il faut se mettre à la place du lecteur, s’efforcer d’être compréhensible tout en explorant son propre univers. Se faire plaisir est essentiel.

EV : Et à un lecteur de nouvelle ?

ED : De continuer à en lire, et d’expliquer à son entourage pourquoi la nouvelle n’est pas un sous-genre, mais une forme littéraire à part entière. De lire les anthologies, qui sont vraiment des pépinières incroyables, et de soutenir les petits éditeurs indépendants.

EV : Qu’aimerais-tu ajouter ? 

ED : Je regrette que les petites maisons d’édition ne soient pas soutenues, ni aidées. Sans moyens, il est presque impossible d’être visible, et sans visibilité, on n’existe pas. Les mastodontes monopolisent les médias et ne laissent aucune place aux autres. Pourtant, il est profitable pour le lecteur d’avoir le plus de choix possible, et qu’il y en ait pour tous les goûts. Dans le domaine de la culture comme ailleurs, les situations de monopole et d’uniformisation sont un danger. Si l’état n’est plus capable de défendre un modèle culturel riche et varié, des investisseurs privés se chargeront de régler le problème. Essayez d’imaginer un futur dans lequel les auteurs seraient subventionnés par de grandes compagnies comme Monsanto ou Exxon…


maison  12c  creatures

EV : Brrrr, tu tiens là le thème d'une nouvelle très noire ! ;)
As-tu déjà été publié ?

ED : J’ai actuellement un recueil de nouvelles et plusieurs textes publiés chez les éditions Otherlands, ainsi qu’un texte publié dans l’anthologie « maisons hantées » des éditions Luciférines. Plusieurs autres nouvelles sont en attente de publication.

"Aux douze coups de minuit", recueil de 12 textes, ed Otherlands http://www.lulu.com/shop/emmanuel-delporte/aux-douze-coups-de-minuit/paperback/product-22096164.html

"Les chiens errants", anthologie "Créatures", ed Otherlands

"Mely Klismas", anthologie "Creepy christmas", ed Otherlands

"Maureen au fond des bois", anthologie "Promenons-nous dans les bois", ed Otherlands

"La maison noire", anthologie "Continuum 1", ed Otherlands

"Classifié", anthologie "Maisons hantées", ed Luciférines


creepy  Promenons  continuum

EV : Peut-on trouver certains de tes textes sur le web ?

EV : Où peut-on te retrouver

Sur mon site Web : www.ledecapsuleur.com

Sur Facebook : Emmanuel Delporte

EV : Et puis, si je suis bien informé, nous aurons le plaisir de nous retrouver dans une anthologie sur le thème de l'eau des éditions Rroyzz ;)
Alors, à très bientôt :)

 


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