JCG-Photo-et-Avatar

Semaine après semaine, je me félicite d'avoir entrepris cette série d'interviews
tant elle me permet de découvrir des personnalités diverses, mais toutes riches et passionnantes !
Je suis ravi d'apprendre à mieux les connaître
au delà des échanges que nous pouvons avoir sur les réseaux sociaux.


Cette semaine, j'ai le plaisir de recevoir
Jean Christophe Gapdy
(ou JCG pour les intimes ou ceux qui préfèrent)

 

EV : Bonjour Jean-Christophe. Tout d’abord, qui es-tu ?

JCG : Un auteur encore plein d’illusions, même si je commence à déchanter pour beaucoup de choses depuis que j’ai été édité. Par contre toujours plein de rêves et de bouillon. Pour jouer à l’état-civil, né en 57 à Talence (près de Bordeaux), marié et père de 4 garçons (déjà grands). Installé sous le soleil provençal depuis le milieu des années 80, non loin du Ventoux, dans la patrie de Vélocio et le pays de Frédéric Mistral, tout autant que celui du mistral. Pour le reste, après des études de biologie, je suis tombé, quelque peu poussé par mon épouse, dans l’informatique pour finir diplômé d’une MIAGE à l’Université de Lyon. Du coup, je travaille dans l’informatique... On pourrait ajouter des passions mais réalisées en dilettante donc sans intérêt ici…

EV : Que d'informations en quelques lignes ! merci :)
Quand as-tu écrit ta première nouvelle ?

JCG : J’ai écrit ma première nouvelle à 17 ans, après une tentative de roman de jeunesse, présenté à un concours mais manquant complètement d’énergie car préparé à plusieurs alors que je n’osais pas « y aller à fond ». J’ai eu une longue période d’écriture jusqu’en 1985 puis, entre boulot et famille, j’ai levé la plume et n’ai écrit qu’occasionnellement, même si le total de ma production finale est assez important aujourd’hui.

EV : Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ta première nouvelle ?

JCG : Aucune idée… C’est venu naturellement, sans y réfléchir. Je lisais beaucoup de revues dans lesquelles les nouvelles étaient nombreuses ; j’aimais lire les auteurs de SF et de Fantastique parmi lesquels beaucoup ont utilisé la nouvelle comme forme littéraire. L’envie m’a pris un jour d’essayer ; j’écrivais sur des cahiers (que j’ai conservés pour la plupart) ou sur des feuilles volantes avec la machine à écrire de mon père. Un jour, j’avais 16 ans et demi, mon frère – mon cadet de 2 ans – a lu les 2 pages sur papier pelure rose que je venais de taper et s’est exclamé qu’il les trouvait « géantes ». J’en suis resté tout étonné mais ça m’a marqué et gonflé à bloc ; il est donc pour beaucoup dans le fait que j’écris encore aujourd’hui, même s’il ne doit pas se rappeler de ce minuscule non-évènement. Après cela, je me suis essayé à raconter des histoires en peu de pages, à écrire des rêves courts et plus incisifs, à laisser imaginer ce qui n’était qu’esquissé, à terminer sur un cliffhanger…

EV : Quand tu seras (encore plus) célèbre, ces fameux cahiers seront très recherchés ;)
Pour ceux qui ne seraient pas totalement au fait de notre jargon, un "cliffhanger" est une fin qui laisse le lecteur dans une situation de suspens.
Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ?

JCG : Aucune… pas plus que je ne leur trouve de défauts. Pour être pragmatique, elles ont un énorme potentiel par le fait qu’une nouvelle peut être lue d’une seule traite et sans interruption si l’on sait se mettre un peu à l’écart… Essayez de lire un roman comme « Le pays des grottes sacrées » de Jean M. Auel (681 pages) ou « Le vaisseau ardent » de Jean-Claude Marguerite (1285 pages) sans vous arrêter, sans devoir le « saucissonner » par des pauses de plusieurs heures voire plusieurs jours…

La définition qu’en livre Baudelaire est parfaite pour la décrire ; voir l’article du terme « nouvelle » sur Wikipédia.

Sans parler de qualités, je considère qu’un roman se doit de nous enlever jusqu’au bout mais qu’il a du temps et des pages pour donner vie et âme à ses personnages, pour décrire, détailler, créer un « monde ». Mais il a, de ce fait, les possibilités de digresser sans réel souci, de s’attarder sur des points accessoires, présenter des facettes d’un personnage, d’un lieu, d’un évènement, même s’il se doit de le faire bien de la première à l’ultime page.

Une nouvelle, elle, doit accrocher dès les premiers mots. Elle est un « abracadabra », un « supercalifragilisticexpidélilicieux », une formule magique qui doit vous enlever, vous kidnapper dans un autre univers, dans une aventure, un évènement sans que vous puissiez en lever les yeux avant le dernier mot… Elle ne doit pas vous laisser le temps de respirer. C’est une attaque à mots armés de votre esprit ; il faut faire vite, l’empêcher de réagir, lui interdire d’appeler la raison… Elle est le gang, l’équipe à Bonnot qui fonce, qui vous détourne de ce monde dans son monde à elle, qui vous enlève jusqu’à l’apothéose finale, jusqu’à l’attaque de Choisy-le-Roi… Elle doit vous laisser pantois, étonné, interrogatif, incrédule alors que le point final tombe, alors que, goguenarde, elle vous doit pouvoir ironiser en disant : « Je t’ai bien eu, hein ? ».

EV : Waouh ! Je crois bien ne jamais avoir entendu une description si vivante de ce qu'est une nouvelle ! Bravo :)
Quels genres littéraires abordes-tu dans tes écrits
 ?

JCG : Je suis franchement un auteur de l’univers SFFF donc Science-Fiction, Fantasy et Fantastique. Je ne vais pas jusqu’au SFFFH, avec H pour horreur, même si j’ai écrit 2 nouvelles moins sympathiques que les autres et liées à la folie et à la mort : « Peine de mort » et « Futur inextricable ». J’ai exploré d’autres genres, entre autres la poésie, dans un recueil de Fantasy poétique avec, entre autres, « Ikara ou les Elfes » (écrit sous un autre nom de plume, voir bibliographie).

EV : Comment te vient habituellement l’inspiration ?

JCG : N’importe quand, n’importe comment, n’importe où pourvu que j’ai quelques minutes à moi. Il suffit de quelques mots lus ou qui me trottent dans la tête, d’un échange avec une personne, d’une lecture de livre, d’un journal ou d’un site, d’un AT (appel à textes) que je trouve sympa, d’un dessin,…  Par contre, les intrigues et  le déroulement d’une histoire se peaufinent, la plupart du temps, la nuit ou au coucher ; c’est là que je reprends le fil de l’histoire, les personnages et que je change un détail, que je vois l’élément qui ne me va pas, celui qu’il me parait indispensable d’ajouter ou de corriger.

EV : Et tu arrives encore à dormir ces nuits là ? ;)

JCG : Est-ce que je dors quand je rêve à mes personnages... pas toujours, il arrive qu'ils m'en empêchent.

EV :Justement, que peux-tu nous raconter d'autre sur tes habitudes d’écriture ?

JCG : Elles sont nombreuses. J’écris sur mon traitement de texte, donc sur mon ordinateur, mais j’ai toujours 1 cahier et 1 carnet avec moi, pour noter quelques points, quelques éléments qui me viennent à l’esprit. Sachant que je ne relis qu’assez rarement ces cahiers car, une fois couché sur le papier, l’idée, le point de détail, le mot me reste en tête. J’écris quand je sens l’envie poindre. Il peut s’écouler des jours entiers sans que je touche à une nouvelle ou au chapitre d’un roman ; d’autres fois, j’écris sans arrêt plusieurs heures et plusieurs jours de suite. Je peux aussi bien me dire « Allez ! Hop ! C’est l’heure d’écrire. Au boulot ! » ou, au contraire, attendre que les mots arrivent…

Quand j’écris, je préfère le calme humain, c’est-à-dire, si possible, peu ou pas de discussions, peu d’interruptions, mais avec un fond musical.

Enfin, maniaquerie ou technique, je ne saurais dire, mais j’ai l’habitude d’écrire mes nouvelles en 4 temps : jeter les idées sur le clavier, relire et construire les personnages, relire et construire les liens qui amènent à la chute, finaliser et corriger. Je ne procède pas ainsi pour les romans. Par contre, autre maniaquerie, j’ai besoin de gribouiller, de réaliser une esquisse, voire de franchement réaliser le dessin, qui m’amène à penser à certaines des histoires que j’écris. Ainsi pour finaliser la nouvelle « New-Éridan » (qui a été sélectionnée pour le concours de nouvelles en hommage à Philip K. Dick) et sa variante « Les rescapés de l’Éridan », j’ai réalisé deux dessins : celui d’un vaisseau, le RJE (1° esquisse ci-dessous), et celui qui a servi à la couverture du recueil de nouvelles « Aliens, Vaisseau et Cie ».

   JCG 1-New-Eridan   JCG 2-Aliens-vaisseau-et-Cie

EV : Tu sais donc non seulement manier la plume, mais aussi le crayon et le pinceau :)
As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

JCG : Il y en a plusieurs, mais l’une m’« amuse » quant à moi-même. Il est arrivé plusieurs fois que l’on me reprenne alors que je nomme une connaissance d’un autre prénom que le sien. Cela ne dure pas, à peine quelques jours, mais ce n’est que lorsqu’on me demande la raison de ceci que je réalise que cette personne a servi de référence à l’un ou l’autre des protagonistes de la nouvelle ou du roman sur lequel je travaille à ce moment-là. Même si ça ne va jamais plus loin, je mélange par moments mes univers écrits et le monde réel…

EV : Je saurais donc à quoi m'en tenir si un jour tu ne m'appelles plus Erik ;)
Quels conseils donnerais-tu à un lecteur de nouvelle ?

JCG : Vous lisez des nouvelles ? Alors, continuez ! Dévorez-en ! Sans modération… Si vous n’êtes pas lecteur de nouvelles, « essayez-en ». Entre deux romans, lors d’un trajet en TER, dans une salle d’attente. Et si vous n’êtes pas un grand lecteur, profitez-en ; elles sont là pour vous offrir l’évasion qui vous marquera plus vivement que les romans que vous n’arrivez pas à lire.

EV : S’il y avait un livre que tu as lu et apprécié et dont tu aurais aimé être l’auteur, ce serait lequel ?

JCG : En restant dans la SF, ce serait « L’espace de la Révélation » d’Alastair Reynolds (le 1er tome de son cycle des « Inhibiteurs ») ou alors « Rendez-vous avec Rama » d’Arthur C. Clarke, tous deux étant de la hard-SF. Bien sûr, si je quitte cet univers, j’aurais d’autres titres…

EV : Aimerais-tu ajouter quelques coups de cœur ou coups de gueule?

JCG : J’ai envie de renchérir sur ce qu’a dit, avec grande raison, hélas, Emmanuel Delporte lors de son interview du 21 juillet, sur les petites maisons d’éditions, la visibilité et les mastodontes… Sinon, des coups de cœur, oui, nombreux entre autres pour des personnes. En voici, un : je suis arrivé, à reculons, jusqu’à FB, après avoir entendu décrier les réseaux sociaux. J’ai encore assez peu de contacts et c’est moi qui ai sollicité la plupart d’entre eux, dont 4 par erreur de clic d’ailleurs. Il se trouve que celles et ceux avec qui j’ai pu échanger, entre autres en MP ou par mail (dont toi bien évidemment) ont été d’une grande gentillesse. Je profite donc de cela pour les remercier et avoir l’espoir que mes futurs contacts seront aussi sympathiques. Après, en tant qu’auteur, je vais saluer et remercier Philippe L. et Olivier M. grâce à qui j’ai pu être publié, Robert Y. et Frédéric L. qui m’ont accueilli dans un groupe FB et m’ont poussé un peu plus loin dans mes retranchements au cœur de l’écriture.

EV : Ils se reconnaîtront :)
As-tu déjà été publié ?

JCG : Oui. En 2012, j’ai décidé de franchir le pas juste pour essayer et j’ai participé à un concours de nouvelles en hommage à Philip K. Dick lancé par les Éditions Assyelle. Je me suis pris au jeu et j’ai envoyé 15 nouvelles écrites en trois mois. Plusieurs ont été sélectionnées, mais nous avons décidé avec l’éditeur de n’en garder qu’une seule pour l’anthologie de PK Dick. L’éditeur a en effet, dans le même temps, édité un recueil de poèmes de Fantasy et m’a proposé de sortir sous forme de recueil une douzaine de mes nouvelles sous le titre que j’avais imaginé « Aliens, Vaisseau et Cie ».

Le détail est consultable ici et un avant-gout d’une nouvelle est chez l’éditeur.

 JCG 4-Eternite      JCG 3-Dimanche_Bord_du_Monde

EV : Peut-on trouver certains de tes textes sur le web ?

JCG : Oui, on peut, mais il faut me pardonner le fait que ce ne sont que des « brouillons » de nouvelles SF (c’est-à-dire les V2 de ma musique à 4 temps, elles sont donc imparfaitement corrigées d’autant que je suis un peu trop occupé en ce moment). Elles se trouvent sur mon blog que je complète quand je le peux. En voici 3 titres, mais il y en a d’autres :

EV : Où peut-on te retrouver ? (Si tu le souhaites)

EV : Un très grand merci Jean-Christophe, pour tout le temps que tu nous a consacré pour nous faire entrevoir ton monde. Je te souhaite une bonne continuation et de nombreux autres succès !


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