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Son franc parler et son humour sauront certainement vous conquérir,
si ce n'est déjà fait.
C'est une auteur repérée par la très sélective maison Paul&Mike.
J'ai le plaisir de m'entretenir avec elle aujourd'hui.

Catherine Quilliet, sois la bienvenue dans cette chronique !

 

EV : Bonjour Catherine. Tout d’abord, qui es-tu ?

CQ : Bonjour, Erik. Je ne sais jamais répondre à ce type de questions. Allez, pour aujourd'hui : quelqu'un de très ancré dans le concret.

EV : Depuis combien de temps as-tu pris la plume ?

CQ : J'ai écrit mes deux premières nouvelles à 12 et 18 ans. Depuis 2010, le rythme s'est accéléré.

EV : Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ta première nouvelle ?

CQ : L'énorme admiration que je vouais à Boris Vian à l'époque. Enfin, j'imagine. C'est que ça commence à dater...

EV : Tu n'es pas la première à me citer Boris Vian dans ce cadre. J'espère néanmoins que tu es un peu plus optimiste que lui ;) Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ?

CQ : En tant que lecteur : l'avantage des nouvelles, bien sûr, c'est qu'on les lit vite. Et après, on a le temps de relire plusieurs fois celles qu'on a aimées. Je connais par cœur certaines phrases des Lettres de la religieuse portugaise, de Guillerargues. Ah, on savait écrire des lettres d'amour, en ce temps-là.

En tant qu'auteur : comme une nouvelle s'écrit relativement vite, on peut ménager plus de temps pour la post-production : soin du style, peaufinage des détails, et bien sûr guerre aux phrases inutiles - quand le texte est court, il doit aller à l'essentiel. L'autre plus (mathématique, évident) : au cours d'une période nécessairement limitée, on peut écrire plus de nouvelles que de trilogies avec prequel, ce qui laisse le loisir d'explorer un plus grand nombre d'univers variés.

Une autre séquelle de l'écriture rapide : comme on a forcément passé sur une nouvelle un temps moins infini que pour un roman, on peut se retrouver à l'oublier, à retomber dessus plus tard, à la relire comme si on n'en était pas l'auteur. Éventuellement, on peut la trouver bien. C'est extrêmement gratifiant.

EV : Je reconnais faire ce type d'expérience quand je lis une de mes nouvelles dans un beau livre en papier, bien longtemps après sa rédaction. Quels sont les genres littéraires que tu abordes dans tes écrits ? 

CQ : Ce sont plutôt des récits contemporains, ancrés dans le concret. Mais j'ai commis quelques textes de SF proche.

EV : Où l'on retrouve la caractéristique principale de ta présentation ci-dessus ;)
Comment te vient habituellement l’inspiration ?

CQ : En général à la convergence de deux idées. J'ai envie de parler de ci mais aussi de ça, et l'intrigue naît de la combinaison des deux. Je suis souvent influencée par l'actualité, ou l'histoire récente : un sujet accroche mon attention, je me renseigne dessus, et c'est naturel de se retrouver à intégrer ce qu'on a appris dans l'histoire qu'on est en train de concocter.

Les contraintes également sont inspirantes. Celles liées aux concours de nouvelles, par exemple : certains sujets sont tellement détestables que l'envie de les contourner mène à des idées qu'on n'aurait pas eues autrement.

EV : Détourner le sujet imposé est un sport très plaisant, je confirme ;)
Peux-tu nous en dire plus sur tes habitudes d’écriture ?

CQ : Pas d'habitude : chaque minute passée à écrire est le résultat d'une lutte contre ce qui tend à m'absorber, sinon, 24h par jour (boulot, famille, amis, musique, activité physique, sustentation, sommeil, et j'aimerais bien lire plus, aussi). Du coup, mon rythme est très chaotique. Les moments les plus efficaces : dans un train en marche (ah, si je pouvais y passer dix heures par semaine !), tôt le matin le week-end, pendant les insomnies en semaine, lors des vacances à la mer (écrire face à la mer fluidifie beaucoup l'écriture, je trouve), et bien sûr chez Abde, mon rade favori.

Il m'est difficile d'écrire si je ne sais pas où je vais, mais dans tous les cas le premier jet est long, douloureux, et nécessite une grande concentration. En revanche, relire et corriger (une dizaine de cycles pour chaque portion de texte est un minimum absolu, et ça peut monter beaucoup plus haut) m'est beaucoup plus aisé. Je peux amender un texte n'importe où, par petites sessions. Mais faut pas m'embêter, hein.

EV : As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

CQ : Bof, rien d'extraordinaire. Ma « vie d'auteur », hors les trop maigres moments d'écriture, se résume à quelques salons du livre et quelques dédicaces dans des librairies. Je m'amuse à essayer de repérer à l'avance ceux qui, parmi les chalands, font le tour des auteurs uniquement pour expliquer qu'eux aussi écrivent (Ah oui ? C'est bieeen !) ou pour raconter leur vie, ce qui se termine invariablement par « Avec ce que je vous ai raconté, vous allez avoir des idées pour votre prochain roman, hein ! ». Rien d'extraordinaire, je te dis.

EV : Je ne me suis pas encore essayé à l'exercice des dédicaces en salon ou librairie. Mais quand ce sera le cas, j'espère me rappeler ces remarques qui paraissent très réalistes.
Que conseillerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

CQ : De fignoler un petit nombre de textes plutôt qu'essayer d'en écrire trop. De plus en plus de gens écrivent des nouvelles, et je ne suis pas sûre que le nombre de lecteurs augmente d'autant. D'autre part, entretenir la paucité permet à l'auteur de se renouveler (pas toujours facile...). Donc, en gros : soigner le style, l'originalité, l'histoire, les personnages, les dialogues s'il y en a, l'ambiance, le lexique, la chute. Et plus si affinités. Au moment où on l'écrit, chaque nouvelle doit être celle qui va révolutionner la littérature mondiale. THE nouvelle. Au moins jusqu'à la suivante. Sinon, franchement, ce n'est pas la peine.

EV : Ayons donc de l'ambition pour nos textes :)
Et que dirais-tu à un lecteur de nouvelle ?

CQ : A part lire les miennes, je ne vois pas. Nan, j'dec. Pas plus d'une par jour du même auteur.

EV : Ce qui permet quand même d'en lire 365 par an du même auteur ;)
S’il y avait un livre que tu as lu et apprécié et dont tu aurais aimé être l’auteur, ce serait lequel ?

CQ : Un seul ? « Fictions », de Borgès, l'incontournable. Et tous ceux dont je me dis : « Vingu, comment il/elle a pu penser à un truc pareil ? ». Par exemple « Dans la peau de John Malkovitch », mais, oups, c'est un film.

EV : Qu’aimerais-tu ajouter ?

CQ : Cher Santa, pour Noël je souhaiterais que les critiques littéraires des vrais journaux de la vraie presse papier, ou de la vraie radio, sortent des autoroutes battues et donnent de vraies bonnes idées de lectures qui changent vraiment (je suis preneur).

Pour ça, il faudrait qu'ils aient assez de place une fois qu'ils ont fini de parler du dernier-bouquin-qui-vient-de-sortir-de-cet-auteur-que-tout-le-monde-connaît (quand c'est Houellebecq, encore, bon, mais Katherine Pancol, franchement...), et, trop souvent, de ceux que sortent leurs collègues journalistes, pour certains desquels l'originalité essentielle est d'avoir été écrits par leurs collègues journalistes (mais il est si compliqué de ne pas se servir de son petit pouvoir, quand on en a).

Dans le genre, l'histoire de Fabrice Guénier est assez révélatrice (pas l'histoire qu'il raconte dans son livre, que je n'ai pas lu, non, mais son histoire de sélection au Renaudot, tellement boudée par les critiques littéraires de la presse papier qu'il a été obligé de faire passer une petite annonce dans Libé pour que... ben, que les journalistes continuent à NE PAS parler de son bouquin – juste de l'opération de comm'...).

LFEUAL  Pb

EV : Où peut-on te lire ?

CQ : Mon premier recueil de nouvelles, « La fuite est un art lointain », est sorti début 2015 chez un éditeur petit mais costaud, Paul&Mike.

Nous sommes également en train de travailler sur mon premier roman « Le problème à N corps », qui doit sortir très bientôt.

EV : Paul&Mike est un éditeur très prisé de cette chronique. De tête, vous êtes déjà trois auteurs publiés dans cette maison à avoir accepté de répondre à mes questions :)
Et où peut-on te retrouver ?

CQ : Par mail sur l'adresse Catherine.Quilliet@gmail.com (attention : 4 i en tout !!!). Uniquement pour me dire des choses gentilles, ou pour faire une commande de 200 exemplaires minimum de « La fuite est un art lointain ». Je pourrai alors consentir à une réduction substantielle. Pour des commandes à l'unité, merci de passer par un libraire (Paul&Mike est distribué par Hachette) plutôt que par Amazon : quand tous les libraires auront mis la clé sous la porte, ce sera trop tard pour pleurer.

Compte FB : je déteste tout ce qui tourne autour du ranking, qui fait largement appel aux bas instincts de l'espèce humaine, mais on m'a bien expliqué que c'est totalement indispensable d'avoir une page Facebook par les temps qui courent. Alors si vous n'avez rien de mieux à faire, merci d'aller sur la page FB de La fuite est un regard lointain me poker un coup. Si ma page dépasse les 50 « j'aime », mes filles auront peut-être moins honte.

EV : Merci beaucoup Catherine pour tes réponses. J'attends donc très bientôt de tes nouvelles pour ton premier roman !

 


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