photo d'auteur Bernard Gallois

Le nouvelliste de le semaine
est un spécialiste des textes courts, des haïkus aux nouvelles.
Il partage sa passion au travers des ateliers d'écriture qu'il anime.

J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui Bernard GALLOIS.

 

EV : Bonjour Bernard . Tout d’abord, qui es-tu ?

BG : Né en 1949, je vis dans le 77 (Seine et Marne) où, en pseudo retraite très active, j’anime des ateliers d’écriture, j’exerce une activité de correcteur et occasionnellement j’écris pour autrui. Passionné de nature et d’humanisme, j’aime partager la grande randonnée et les bienfaits de l’écriture surtout dans mes genres de prédilection : la nouvelle courte contemporaine, le haïku et la poésie libre..

EV : Tu sais que j'ai déjà reçu ici une spécialiste ès haïkus, Hélène Duc.
Depuis combien de temps écris-tu des nouvelles ?

BG : Des textes courts depuis plus de 20 ans, de vraies nouvelles structurées depuis 15 ans

EV :  Tu es donc un nouvelliste très expérimenté :)
Dans quelles circonstances as-tu rédigé ta première nouvelle ?

BG : La toute première vraiment pionnière est née dans un atelier d’écriture. De l’avoir construite autour d’un souvenir d’enfance douloureux sous le masque de la fiction m’a donné le déclic significatif, en m’éclairant sur l’étendue du champ littéraire, synergie des émotions intimes et de l’imaginaire.

EV : Je l'imagine d'une densité toute particulière...
Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ?

BG : La concision, si elle est associée à l’efficacité de l’écriture et à la surprise de la chute, apporte aux lecteurs des nouvelles des bouffées rapides et intenses du plaisir de lecture. Ce genre littéraire est adapté à un rythme de vie contemporain où le temps disponible est trop souvent morcelé. Tout cela n’empêche pas d’autres lectures plus chronophages mais différentes à d’autres moments plus posés.

EV : Quels sont les genres littéraires que tu abordes dans tes écrits ?

BG : Ni jeunesse, ni histoire, mais un peu de tout, avec des préférences pour tout ce qui dénonce les errances de la vie contemporaine, le manque de sagesse et l’aveuglement dû aux deux maux universels que sont le désir et la peur. Quelques thèmes me reviennent avec insistance : la nature, la randonnée, l’amour, la complexité de sentiments humains, les facéties du hasard, l’autodérision…

EV : Nul doute que ce sont des sources intarissables d'inspiration. 
Justement, comment te vient habituellement l’inspiration ?

BG : C’est très variable. Une phrase issue de mes lectures, les paroles d’une chanson, une anecdote, un détail de l’actualité, un moment de contemplation, le sourire d’un enfant, l’irruption d’un vieux souvenir enterré, tout peut m’être déclencheur dès que naît ou se réveille une émotion.

Bien sûr, lors des ateliers d’écriture que j’anime, je me « colle » moi-même à l’exploitation des propositions d’écriture et c’est vraiment une bonne source d’inspiration et de diversité.

EV : Cela fait deux fois que tu évoques les ateliers d'écriture. Peux-tu nous parler de leur contenu et du plaisir que tu as à les animer ?

BG : J'ai connu un atelier d'écriture qui m'a vraiment mis le pied à l'étrier. J'ai eu envie de partager cette expérience autour de moi en créant une association qui propose des animations autour de la lecture et de l'écriture et qui publie un recueil collectif chaque année.

Il y a des ateliers ponctuels à thème et surtout des ateliers hebdomadaires. Nous y alternons les séquences d'écriture et la lecture à voix haute de ce qui vient de naître. Ce partage apporte beaucoup : une découverte des autres et une redécouverte de soi à travers les écrits. Les propositions d'écriture ont un rôle déclencheur. Du simple jeu littéraire à la création plus approfondie, de la narration du vécu au cheminement de la fiction, chacun avance en toute liberté, en profitant des nouvelles pistes que l'atelier apporte.

Une grande diversité et bien des surprises sont au rendez-vous. L'amitié aussi...

EV : Peux-tu nous en dire plus sur tes habitudes d’écriture ?

A : Le premier jet est le plus souvent sur papier avec un stylo bille dont j’aime que la pointe glisse sans retenue. Je révise de suite avec beaucoup de ratures. Parfois je recopie pour ne plus voir mes premières corrections. Je sais que c’est une perte de temps et que je risque de polluer la fraîcheur de la première fois… mais tant pis mon penchant au perfectionnisme prend le dessus.

L’étape suivante est la saisie sur traitement de texte et là le visuel sur écran l’emporte, tout se transforme, se peaufine et s’il n’y avait pas encore de chute précise, elle se suggère à ce moment-là comme une évidence. Le rythme étant très important dans la nouvelle, je vois bien sur écran où apporter des améliorations sur la longueur des mots, celle des phrases, et sur la ponctuation.

Généralement, avant d’écrire, j’ai déjà en tête la construction de ma nouvelle et sa chute. Quelques exceptions cependant pour des textes aboutis qui se sont construits peu à peu après une maturation lente.

Je passe enfin par le dernier tamis : la lecture à voix haute. Tout ce qui ne passe pas assez bien à l’oral le fait aussi lors de la lecture silencieuse. Alors, je modifie.

EV : On sent l'homme méthodique et expérimenté :)
As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

BG : Plusieurs anecdotes décourageantes mais marrantes dans les salons du livre. En voici une : un type décline mon invitation à s’approcher, tourne sa main, l’ouvre pour me montrer ses clefs de voiture :

« Je ne suis que le chauffeur de Madame, moi je ne lis pas, j’ai mieux à faire ! ». Sans doute regrettait-il d’avoir raté le match de foot de l’après-midi… de quoi maudire tous les écrivains de la terre !

EV : Mais ce n'a certainement pas suffit à te décourager pour de bon.
Que conseillerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

BG : D’abord, ne pas croire que parce c’est court c’est facile. Dans la nouvelle, tout est dans l’efficacité, le rythme et la tension narrative, sinon ce n’est rien d’autre qu’un texte court. Les auteurs qui pratiquent roman et nouvelle, le disent : la bonne nouvelle, c’est de l’orfèvrerie. Mais ça s’apprend, avec peut-être un peu plus d’humilité que dans d’autres genres littéraires car il faut souvent accepter d’avoir à élaguer, à freiner ses envies de développement, à limiter ses éventuels talents poétiques, et oublier sa susceptibilité face aux remarques d’un correcteur ou d’un lecteur cobaye.

Le vocabulaire adapté est aussi un point important. La langue française est riche, mais souvent le mot juste et précis est à privilégier. Tout ce qui permet la lisibilité sert l’objectif premier : captiver d’emblée le lecteur et l’emmener sans détours inutiles jusqu’à la chute.

EV : Et quel conseil au lecteur de nouvelle ?

BG : Aucun. S’il est ému et surpris, tout va bien. Juste un bon critère de qualité : quand tu as, lecteur, une forte envie de relire tout de suite une seconde fois pour repérer à quel(s) endroit(s) du texte l’auteur t’as alpagué, voire t’as mené en bateau, alors aucun doute c’est une nouvelle réussie.

EV : S’il y avait un livre que tu as lu et apprécié et dont tu aurais aimé être l’auteur, ce serait lequel ?

BG : Parmi beaucoup de recueils de nouvelles, j’ai bien aimé en 1999 le premier de Anna Gavalda (« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part »), son adresse dans l’art de la chute mais aussi pour moi la révélation que la nouvelle n’a pas spécialement besoin de grands thèmes ou d’idées extraordinaires : la vie quotidienne fourmille de situations, d’anecdotes, de petits travers des humains, tout cela est du bon terreau pour l’écriture de nouvelles.

EV : Qu’aimerais-tu ajouter ? 

BG : Je trouve dommage que la nouvelle soit considérée par les éditeurs français comme un genre mineur ou tout au moins comme pas assez commercial. Il est pourtant très prisé dans d’autres pays francophones, ou (en langue anglaise) par les lecteurs anglo-saxons.

Certains auteurs appellent « recueil de nouvelles », des florilèges de textes courts, rubriques, élans poétiques en prose, cela nous est un peu préjudiciable en détournant la nature et la construction très particulière du genre nouvelle contemporaine.

Nous avons pourtant notre public, mais notre « visibilité » est manifestement moins relayée par les professionnels.

EV : Je souscrits à tes dires. C'est d'ailleurs le motif principal de la création de cette rubrique ;)
Où peut-on retrouver tes écrits ?

  •  « La Passagère du Soleil » (auto-édition 2007) Textes courts et Nouvelles. Réédité en 2013 à compte d’auteur (Les Plumes d’Ocris)
  •  « Les 400 haïkus » (auto-édition 2012) Poésie
  •  « Les Abois Dormants » (Éditions Langlois Cécile 2013) Nouvelles
  •  « Les Loges du Mensonge » (Éditions Langlois Cécile 2014) Nouvelles
  •  « L’Élégance du Caméléon », recueil co-signé avec Anne Stien (Éditions Langlois Cécile, à paraître 2016). Nouvelles

 la-passagere-du-soleil  400 haikus  abois  Les-loges-du-Mensonge 

EV : Comment peut-on te contacter ?

BG : Par mail à l'adresse phileremia@orange.fr

EV : Merci Bernard pour ta visite. N'hésite pas à nous prévenir dès la parution de « L’Élégance du Caméléon » !

 


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