24 heures

 

Je viens de participer pour la deuxième fois(*) aux 24 heures de la nouvelle

Le principe est simple : nous avions 24 heures, du samedi 14 mai 14h au dimanche 15 mai 14h
pour écrire une nouvelle d'au moins 5000 signes,
prenant en compte une contrainte révélée juste avant le début de l'épreuve.

Cette année, la contrainte est la suivante :

"L'histoire doit se passer à au moins deux époques différentes (pas forcément très distantes,
qui ne peuvent pas communiquer directement entre elles
(pas de portails temporels, de machines à remonter le temps, de télépathie…),
mais se répondent et se complètent. 
"

(*) Ma nouvelle écrite l'an dernier, "Patrimoine classé" est disponible sur ce blog en cliquant ici.

Voici donc ma copie, que vous pouvez aussi retrouver en ligne, ainsi qu'au format Kindle, 
directement sur le site des 24 heures où elle est publiée ici :)

Parmi les participants de cette édition,
j'ai été heureux de retrouver plusieurs "nouvellistes de la semaine" :
S20 Chloe Bertrand Chloé Bertrand avec "De sang et d'encre"
S20 Alex Evans Alex Evans avec "La Croix de Drakenhead"
S20 Memoire Mémoire du Temps  avec "Début de roman"

 


 

Les univers de la Cité universitaire

Fondationbiermanslapotre_fronton

— C’est par ici, indiquait Philippine, sûre d’elle à la sortie du RER. Paris, tu es à nous !

Méfiant, son compagnon vérifia malgré tout sur son plan. C’était bien cela, ils n’avaient plus qu’à longer le parc Monsouris en le gardant sur la gauche, tout en surveillant les bâtiments sur leur droite. Avec un peu de chance, la fondation des États-Unis serait facilement repérable grâce à l’un ou l’autre drapeau américain flottant au vent. La suivante serait alors la bonne : la fondation Biermans-Lapôtre, où ils prendraient la suite des milliers d’étudiants logés dans le pavillon belge de la Cité universitaire pour étudier à Paris.

— Le voilà ! s’exclama Renaud. Je reconnaîtrais ce bâtiment entre mille avec ses façades en briques rouges posées sur un soubassement en pierres ocre. Il était partout sur les murs de la maison de mon grand-père. Mais je ne l’imaginais pas aussi grand, presque autant que le château de Durbuy.
— Si je peux te donner un conseil, oublie d’où l’on vient, sinon tu vas passer pour un campagnard. Maintenant, nous sommes parisiens ! Et la Ville lumière n’est pas trop grande pour nous…
— Compris, mais si je le compare à Poudlard, tu vas aussi trouver que cela fait bouseux !
— C’est vrai, mais c’est quand même mieux ! conclut Philippine dans un éclat de rire.

Ils furent accueillis par des étudiants de deuxième année chargés de leur faire visiter les lieux. L’attribution des chambres des nouveaux n’était pas tout à fait terminée, mais Renaud serait installé au cinquième, et Philippine au sixième. Leurs aînés leur expliquèrent que les plus jeunes étant par définition moins âgés, il pouvait monter davantage de marches d’escalier chaque jour. En attendant de prendre possession de leur logement, ils pouvaient laisser leurs sacs dans un des nombreux salons d’étage.

En posant ses affaires dans le salon du cinquième, Renaud crut rêver : entre les deux imposantes fenêtres à petits carreaux, un secrétaire Louis XVI était adossé au mur. Des souvenirs vieux de dix ans s’imposèrent à lui.

 

Il devait avoir neuf ou dix ans, tout au plus. Il aimait passer de longs moments dans l’atelier de son grand-père ébéniste. Pourtant, Manuel avait la réputation d’un homme pas commode qui s’énervait facilement. Certains disaient même qu’il perdait la tête et racontait n’importe quoi. Mais Renaud s’en moquait. Il aimait le regarder polir le bois avec amour. Parfois, il lui donnait l’ordre de fermer les yeux. Il prenait alors sa main et la guidait le long du bois.

— Tu sens le bois ? Il s’est longuement préparé pour accueillir ta main. Il n’est que douceur et courbes généreuses, sans aucune aspérité. C’est lui qui caresse ta main. Crois-moi, dans la vie, on ne peut être sûr de rien. Mais le bois, lui, il est bien réel et ne ment jamais.

secretaire-louis-16-avant-restaurationDes meubles de toutes époques, de tous styles, sont passés entre les mains expertes de son grand-père. Le plus souvent, ils se sont retrouvés démontés en de multiples morceaux pour que chacun puisse être soigné avec amour avant de renaître, encore plus beaux qu’à l’origine. Renaud se souvenait particulièrement de l’un d’eux. Les gestes de son grand-père étaient encore plus attentionnés, plus précis. Il s’agissait d’un secrétaire. Il lui expliquait chaque cheville, chaque moulure. Un jour, il lui a bandé les yeux pour qu’il se concentre sur ses mains. Il lui fit tourner la clef dans la serrure puis abattre avec précaution l’abattant. Il le guida vers le tiroir central qu’il retira entièrement. Puis il lui fit remarquer que le fond du caisson avait un très léger jeu. Avec délicatesse, il glissa ses ongl

— Tu vois, mon garçon, les meubles sont comme les humains, ils cachent leurs secrets au plus profond d’eux. Et lorsque tu crois en avoir découvert un, ils en cachent un deuxième, plus profondément encore.es dans une rainure et ôta la pièce de bois, découvrant un tiroir secret caché dessous.

Il lui fit suivre le double fond du bout des doigts. Au fond du caisson secret, il découvrit une sorte de bouton de bois. En le pressant, il libéra un habile mécanisme. Lorsqu’il poussa sur le bord droit, le caisson s’enfonça à l’intérieur du meuble, laissant la place à un deuxième tiroir secret, caché jusque-là dans la partie gauche du secrétaire.

— Il ne faut jamais se fier à ce que l’on voit. Le réel est souvent tout autre, il se cache et se mérite. Quant à ce meuble. Tu le reverras peut-être. Il va partir à Paris, dans la maison des étudiants belges. J’aurais tant voulu faire des études. Tu étudieras pour moi, hein ?

 

Renaud n’avait plus de doute. Il ne pouvait s’agir que du meuble restauré par son grand-père. Pour s’en assurer, il tourna la clef et baissa l’abattant. Il retira entièrement le tiroir central et délogea avec précaution le fond du caisson révélant un tiroir secret. Il glissa la main pour retrouver le bouton caché qu’il pressa, libérant le mécanisme. Il poussa alors le bord droit faisant apparaître le deuxième caisson secret, à l’intérieur duquel se trouvait un médaillon qu’il mit discrètement dans sa poche pour l’examiner tranquillement plus tard. Il remit tout en place et descendit dans la cour où Philippine devait l’attendre.

L’atmosphère était lourde et de gros nuages noirs avaient recouvert Paris. Il retrouva rapidement son amie qui, surexcitée, ne lui laissa pas placer un mot.

— Renaud, tu ne devineras jamais. Je suis certaine que tu vas être emballé ! J’ai découvert un truc génial.
— Vraiment, toi aussi ?
— Moi d’abord. Pour passer le temps, je suis montée au septième étage, celui des greniers, et tu ne devineras jamais ce que j’ai découvert dans celui situé juste derrière la grande horloge.
 

* * *

Avant qu’il ne puisse répondre, un violent éclair l’éblouit. Par réflexe, il ferma les paupières quelques secondes. Quand il rouvrit les yeux, Philippine avait disparu. Il courut jusqu’à l’intérieur avant que la pluie ou la grêle ne se mettent à tomber. Derrière une table, un étudiant l’interpella.

— Bonjour et bienvenue ! Comment t’appelles-tu ?
— Renaud Bimmé, mais en fait, je suis déjà passé tout à l’heure.
— Ah, voilà. Mais c’est curieux, ton nom n’est pas encore coché. Tu es arrivé vers quelle heure ?
— Je ne sais pas, vers 10 heures.
— 22 heures… Tu es sûr ? C’était encore fermé à cette heure-là !
— Non, pas 22 heures, 10 heures.
— Tu es un petit rigolo toi ! Il n’est encore que 18 heures. Bon. Je vais cocher que tu es déjà passé. Le buffet d’accueil est à 17 heures.

Décontenancé, Renaud n’osa pas prolonger la discussion. Ce devait être une forme d’humour auquel il n’était guère sensible. Il leva néanmoins les yeux vers une horloge murale qui marquait effectivement 18 heures. Il se concentra alors sur la trotteuse pour vérifier si elle fonctionnait bien. Il vérifia deux fois et se pinça même pour vérifier qu’il ne rêvait pas. Ils poussaient l’humour jusqu’à installer des horloges qui tournaient à l’envers !

Il se dirigea vers le fond du hall, où une maquette de la fondation Biermans-Lapôtre était mise en valeur dans une vitrine éclairée. Ils avaient poussé le réalisme jusqu’à mettre en scène des personnages animés dans les espaces extérieurs. La silhouette de l’un d’entre eux lui rappelait Philippine. Il s’approcha, le visage contre la vitre. C’était fou, même les vêtements étaient identiques. Se pourrait-il qu’il s’agisse de représentations en 3D reconstituées à partir des images de caméras extérieures ? Pour s’en assurer, il se précipita vers le perron. Il eut à peine le temps de constater que la cour était vide, qu’un nouvel éclair l’aveugla.

* * *

Il n’y avait plus personne dans la cour. Il pénétra à nouveau dans le bâtiment. Cette fois-ci, c’était une femme assez âgée qui était assise derrière la table. Ses lèvres bougeaient, mais aucun son ne sortait. Plus précisément, il entendait, mais c’était comme si la bande-son était légèrement décalée par rapport à l’image. De surcroît, la voix était étonnement grave.

— Soyez le bienvenu, je suis la responsable administrative de la résidence. À qui ai-je l’honneur ?
— Renaud Bimmé, je crois que je suis au cinquième.
— C’est bien cela, lui répondit-elle, toujours d’une voix grave et décalée. Comment avez-vous deviné ? Un buffet d’accueil sera servi à midi.

Renaud leva les yeux vers l’horloge. Elle indiquait bien 11 heures. Mais la trotteuse paraissait bien paresseuse. Il estima qu’elle avançait à peu près deux fois lentement que la normale.

Au fond du hall, la vitrine était désormais cachée dans une alcôve fermée. Un panneau proposait aux étudiants une visite personnalisée de la fondation. Renaud eut beau se précipiter, il avait l’impression d’avancer au ralenti. Il n’y avait aucun personnage visible autour de la maquette. Lorsqu’il s’assit dans l’unique fauteuil, la pièce s’assombrit et un écran apparut devant lui. Sur l’accoudoir droit, une sorte de manette de jeux s’éclaira doucement. Machinalement, il la prit en main. Elle permettait de guider une caméra miniature qui se déplaçait dans la maquette en projetant les images sur l’écran. 

Il trouva vite ses repères pour guider l’engin téléguidé et lui fit traverser la cour pour entrer dans le bâtiment. Il retrouva l’étudiant à l’humour décalé de tout à l’heure. Il zooma sur l’horloge et constata qu’elle fonctionnait toujours à l’envers. Il guida la caméra jusqu’à la maquette au fond du hall, pointa l’objectif sur la cour extérieure et agrandit l’image au maximum sur la jeune fille qui marchait de long en large. Aucun doute n’était plus possible : c’était bien Philippine, visiblement très contrariée, qui remplissait l’écran ! Mais que faisait-elle dans la maquette située dans le hall du bâtiment miniaturisé de cette deuxième maquette qu’il explorait au moyen de cette caméra robotisée ? Comment cela pouvait-il être possible ? N’était-ce pas plutôt lui qui devenait fou ? Il était urgent de réfléchir ! Son esprit le ramena dans l’atelier de son grand-père.

 

Il devait alors avoir douze ou treize ans. Alors que son grand-père était concentré sur son travail, il avait ouvert un placard auquel il n’avait jamais fait attention. Il y découvrit des livres d’adultes dont les titres lui paraissaient particulièrement hermétiques : « Histoire de la phénoménologie », « Les philosophes du réel », « Dictionnaire de la pensée philosophique », les autres ouvrages avaient des titres encore moins engageants. Il avait déjà vaguement entendu le nom de certains auteurs comme Platon ou Freud, jamais ceux de Kant, Husserl ou Schopenhauer.

— Dis, grand-père, ces livres, ils sont à toi ?
— Et, mais qui t’a autorisé à ouvrir cette armoire !
— C’est que…
— Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave. Je te les aurais montrés un jour de toute façon : ils constituent mon trésor le plus précieux, après toi, bien entendu !
— Mais je croyais que tu n’avais jamais fait d’études ?
— Et alors, cela interdit de lire ? Vois-tu mon garçon, quand on ne comprend pas quelque chose, il faut tout faire pour résoudre le mystère et la réponse se trouve souvent dans les livres.
— Dis donc, ton mystère à toi, il devait être sacrément compliqué.
— Je t’en ai déjà souvent parlé. Je veux arriver à distinguer ce qui est réel de ce qui est apparent. Je n’aurais sans doute pas trop d’une vie pour y arriver. Peut-être que tu prendras un jour ma suite. Mais si tu fais des études, ce sera peut-être plus facile pour toi. On dit qu’il y a de super profs de philosophie à la Sorbonne à Paris.

 

Avec une lenteur désespérante, Renaud revint vers la table d’accueil.

— Madame, pourriez-vous m’indiquer la bibliothèque, s’il vous plait ?
— Bien sûr, les manuels les plus courants sont disponibles à chaque étage. Le fond principal se trouve au premier étage, juste au-dessus de nous.

Des rayonnages en bois vernis couvraient tous les murs, du sol parqueté jusqu’au plafond d’au moins cinq mètres de hauteur. Des échelles en bois permettaient d’attendre les étagères les plus hautes. La salle était lumineuse grâce à ses grandes baies vitrées et les tables accueillantes, munies de lampes de bureau en cuivre.

Machinalement, Renaud sortit le médaillon de sept ou huit centimètres de diamètre et le fit tourner entre ses mains. Il était perplexe. Par où commencer ? En réalité, il n’avait aucune idée de ce qu’il recherchait. Un vieux monsieur en blouse grise qu’il n’avait même pas remarqué s’approcha et engagea la conversation d’une voix caverneuse légèrement désynchronisée des mouvements de ses lèvres.

— Vous devez être un nouvel étudiant. Je ne vous ai encore jamais vu. Je suis Monsieur Van Rast, le maître de ces lieux depuis des décennies. Mais que tenez-vous là ? En fait, c’est inutile de me le dire, montrez-le-moi plutôt.
— Mais c’est que…

Sans même écouter le jeune homme, le bibliothécaire prit l’objet d’autorité, il observa attentivement ses deux faces, puis reprit.

— C’est bien lui ! Il était dans les mains d’un artisan qui se tenait là, il y a dix ans, à la même place que vous. Normalement, j’aurais dû lui demander de sortir puisque cette salle est réservée aux étudiants. Mais on le connaissait bien. C’était un ébéniste qui venait régulièrement de Belgique pour entretenir nos meubles et nos boiseries. Un véritable artiste. Il avait l’air aussi empoté que vous en tenant cette médaille entre les mains. Il est resté pendant deux heures à me regarder tandis que je cherchais un ouvrage qui se rapporte avec cet objet. Lorsque j’ai enfin trouvé, j’aurais bien voulu m’écrier « Eurêka », mais bon le père Archimède a déjà pris la réplique. Bref, cette fois-ci, ça ne va me prendre que quelques minutes !

Tout en poursuivant son monologue, il poussa une échelle jusqu’au fond de la pièce et l’escalada pour attraper un vieil ouvrage sur le dernier rayon.

— Je me souviens bien de l’avoir rangé là. Si je dois le chercher tous les dix ans, ce n’est pas la peine qu’il soit plus accessible et puis comme ça, il est à l’abri des doigts maladroits de nombre d’étudiants ! Bref, voilà mon petit. C’est un vieux catalogue dédié aux médaillons du XVIIIe siècle imprimé par l’hôtel des ventes aux enchères Drouot. Tenez, le voici, page 178 ! Prenez-en grand soin et rendez-le-moi avant de quitter la pièce. C’est le règlement.

En haut de la page, la gravure reproduisant les deux faces du médaillon ne laissait aucun doute, c’était bien lui. medailleLa légende précisait : « MÉDAILLE ronde en argent et son cadre en bronze doré renfermant une épreuve du grand sceau de Marie-Antoinette, dauphine. Époque fin XVIIIe-début XIXe siècle. Diam. 7,4 cm »

Bien, maintenant Renaud savait qu’il tenait en main une pièce de collection. Mais en quoi cela pouvait-il l’aider ? Il alla s’assoir. Si son grand-père s’était tant intéressé à cet objet, si, avec tant d’années d’anticipation, il avait pris soin de lui donner les indications nécessaires pour qu’il se retrouve dans cette pièce aujourd’hui, c’est qu’il devait avoir une bonne raison. Il en était là dans ses réflexions, quand la lumière rasante fit apparaître une fine écriture en bas de la page, presque entièrement effacée. Après une dizaine de minutes d’effort, il parvint à déchiffrer entièrement cette mention manuscrite.

« Selon la légende, il existerait des univers parallèles, se ressemblant étrangement, mais régis par des lois physiques légèrement différentes. Il serait possible exceptionnellement de passer d’une dimension à l’autre dans certains lieux, dans des conditions orageuses, grâce à cette médaille. Pour inverser le sens, il suffirait de l’ouvrir dans sa tranche et de le replier ».

Comme son grand-père le lui avait appris depuis si longtemps, Renaud ferma les yeux. Du bout du doigt, il tâta la tranche en bronze, se représentant mentalement les moindres anomalies, bosses, éraflures, trous. Lorsqu’enfin il souleva ses paupières, le bibliothécaire était là, lui tendant une épingle.

— Mais comment avez-vous su que je vous en demanderais une ?
— L’ébéniste faisait exactement les mêmes gestes que vous, les yeux fermés. Et quand il les a rouverts, il m’a demandé une épingle. J’ai juste gagné un peu de temps !
— Merci !

Renaud ferma à nouveau les yeux pour retrouver le minuscule défaut dans le métal. Lorsqu’il pressa l’aiguille dessus, il s’enfonça de deux millimètres à peine. Il entendit un léger « clic » et le médaillon s’ouvrit en deux. Grâce à un système de charnières aussi minutieux que discret, il put faire pivoter les deux faces de 180 degrés jusqu’à ce qu’elles s’ajustassent de nouveau parfaitement, les faces intérieures étant dorénavant à l’extérieur et vice-versa. Le plus étonnant était que le médaillon avait repris exactement le même aspect, sans que quiconque puisse se douter de la manipulation.

Il remercia le bibliothécaire, lui rendit l’aiguille et le catalogue et descendit aussi vite que possible sur le perron où un nouvel éclair l’accueillit.

* * *

Il jeta un regard à l’intérieur pour vérifier que l’étudiant était bien assis sous l’horloge qui tournait à l’envers et que la vitrine illuminée était toujours à sa place au fond du hall.

Rassuré d’avoir bien emprunté le chemin du retour, il repartit dans la cour, impatient d’attendre le prochain éclair.

* * *

Ébloui une dernière fois, il courut dans la cour, heureux d’avoir enfin retrouvé le monde réel.

— Philippine, je suis ici !
— Mais où étais-tu passé ? Tu ne crois pas que l’on a passé l’âge de jouer à cache-cache.
— Si tu savais !
— Non je ne sais pas, mais tu ne m’auras pas comme ça. On a dit que c’était d’abord moi.

Il la suivit dans l’escalier jusque sous les combles. Elle le précéda dans le grenier situé derrière la grande horloge, retira le drap qui recouvrait une vitrine, mettant ainsi à la lumière une nouvelle maquette de la fondation.

— Tu as vu, les branches des arbres bougent comme s’il y avait du vent. J’ai même cru voir des hirondelles miniatures voler. Je savais que cela te plairait !


FIN