Leo LamarcheLa nouvelliste de cette semaine
connaît de l'intérieur le milieu du texte court.

En effet, non seulement elle écrit dans ce format,
mais elle est membre depuis de très nombreuses années
du comité de lecture du célèbre magazine Nouvelle Donne.

J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui Léo Lamarche

EV : Bonjour Léo . Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

LL : Je suis nouvelliste, principalement, et j'adore la littérature noire dans laquelle je me retrouve ;  mais j'écris également pour la jeunesse. Dans une autre vie, j'ai été prof et, actuellement, pour gagner ma vie, je suis rédactrice pédagogique : je rédige des séquences de cours "clés en mains " pour les enseignants, ce qui me permet de travailler chez moi et de consacrer plus de temps à l'écriture. Quand l'inspiration est au rendez-vous, bien entendu !

EV : Que ce soit comme rédactrice pédagogique ou comme nouvellistes, l'écriture est bien au centre de ton activité...
Depuis quand écris-tu des nouvelles ?

LL : Depuis le début du siècle, 2001 plus exactement. Quelques mois plus tard, j'ai rencontré Christian Congiu et l'équipe de Nouvelle Donne, magazine exclusivement consacré à la nouvelle. Je me suis d'abord occupée de la chronique noir et polar, puis je suis passée responsable du comité de lecture, place que j'occupe toujours. En quinze ans, j'ai rencontré un paquet d'afficionados de la nouvelle, de militants en faveur d'un genre qui n'a pas encore l'écho qu'il mérite, comme Philippe Vieille et Philippe Aubert de Molay, des éditions Souffle Court, Jean-Pierre Planque et son site Infini, Lucie Chenu et ses talents d'anthologiste... pour ne citer qu'eux. Que des gens biens. Alors, la nouvelle, je baigne dedans !

EV :  De belles personnalités, je confirme. J'ai même eu l'honneure de recevoir les deux Philippe dans cette chronique :)
A quelle occasion as-tu écrit ta première nouvelle ?

LL : Le concours d'écriture de Lamballe, que j'ai remporté. Et je me suis aperçue que j'avais contracté le virus ! Les éditions Noir Délire m'ont offert la possibilité de publier mon premier recueil puis Radio France Bleu m'a commandé de courtes dramatiques noires... et c'était parti...  

EV : Une belle histoire, qui confirme ton talent :)
Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ?

LL : La nouvelle est un genre exigeant, l'art de la concision. On ne se noie pas dans les détails. On doit évoquer tout un univers avec une grande économie de moyens et chaque mot doit être à sa place afin de toucher le lecteur. C'est cela, je crois, qui me plaît le plus dans la nouvelle. Des silhouettes esquissées qui deviennent personnages, des événements que l'on effleure d'abord et qui prennent vie, un univers qui apparaît par petites touches, comme un tableau impressionniste... Une écriture qui doit aller à l'essentiel.

EV : Quels sont les genres littéraires que tu abordes dans tes écrits ? 

LL : Principalement le noir avec une forte attirance pour les faits divers, réels ou inventés à partir de bribes d'autres faits divers. Des personnages bien tourmentés, dont la vie intérieure a parfois tendance à déborder sur le réel. Des qui s'en vont inexorablement sur leur chemin, écrit d'avance... tous les loosers de la destinée me touchent. Comme les personnages d'une pièce de Racine, mais des personnages réels, crédibles, résolument modernes, englués dans les filets de la société telle qu'elle est, du monde tel qu'il va, du poids de leur propre passé.

J'adore aussi les contes et les histoires de temps révolus que j'aime partager avec les plus jeunes...

Il y a aussi la SF qui permet de laisser vagabonder son imagination et explorer ses fantasmes.

EV : Il n'est donc pas étonnant que ta première nouvelle ait été rédigée pour le concours de Lamballe, organisé par l'association "La fureur du Noir" ;)
Comment te vient habituellement l’inspiration ?

LL : Je ne sais pas, ça vient ou pas, c'est tout. Comme tout le monde, je suppose... Une voix me parle, je note au brouillon ce qui est dit, j'en fais plus tard quelque chose... ou pas. "L'inspiration" peut aussi venir des journaux, des infos TV, de détails de la vie quotidienne des autres qui prennent du relief et me réclament d'en faire quelque chose. Une image, une sensation qui fait écho et me souffle à l'oreille. L'important est d'être touchée, et de tenter ensuite de faire passer ce sentiment d'amour ou de révolte, de tendresse ou de haine, à l'Autre, par l'intermédiaire des mots.

EV : Peux-tu nous en dire plus sur tes habitudes d’écriture ?

LL : Pour écrire, j'aime mon bureau et le silence rythmé par les touches du clavier.  J'écris souvent en musique, mais lorsque je suis concentrée je finis par ne plus l'entendre, je plonge profond.

Le ronronnement de mes chats est une forme de silence aussi qui convient bien à l'écriture. C'est apaisant, il n'y a plus qu'à lâcher prise et se laisser conduire. On ne sait pas forcément où, mais on sait qu'on y va.

EV : Voilà qui donne envie ;)
As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

LL : "Comment vous faites, madame, pour écrire comme ça ? Ça remue tout, à l'intérieur." c'est une élève de 3° qui m'a fait un jour cette réflexion, en atelier d'écriture. Une question sans réponse mais qui m'a fait chaud, quelque part. Les ados aiment le noir, car ils s'y retrouvent, eux ou leurs proches. Ils n'ont pas encore "acquis" cette indifférence à l'autre qui caractérise beaucoup trop d'adultes. Ils aiment être touchés au coeur et remués dans leurs tripes. Et, sur ce terrain, on s'entend plutôt bien.

EV : On aimerait que tous les ados puissent croiser la route d'un auteur de ton acabit :)
Quel conseil donnerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

LL : De s'accrocher, de ne pas avoir peur de "remettre cent fois son ouvrage sur le métier", de ne lâcher un texte que lorsqu'on est certain qu'il n'y a plus rien à ajouter, à retrancher, que tout est à sa place. De laisser poser avant de le reprendre. Encore et encore. Ne pas se contenter de l'à-peu près. C'est un travail de longue haleine.

EV : L'art de la concision demande un travail d'orfèvre, pour reprendre une expression entendue d'un autre de mes invités ;)
Et au lecteur de nouvelle ?

LL : Je n'ai pas spécialement de conseil à donner à celui qui lit déjà des nouvelles, quel que soit le genre choisi. Plutôt à tous les autres, ceux qui, dans les salons du livre, passent devant les recueils la mine renfrognée. Je leur dis : "Essayez ! Ouvrez, feuilletez, grapillez, lisez, vous ne serez pas déçus. Votre appétit va se démultiplier et, une fois embarqués... "

EV : On rêverait presque d'une campagne grand public à ce sujet financée par le ministère de la Culture, par exemple ;)
S’il y avait un livre que tu as lu et apprécié et dont tu aurais aimé être l’auteur, ce serait lequel ?

LL : Il existe plein de livres qui m'ont émue, bouleversée, que j'aurais eu envie d'écrire. À commencer par "Paludes" de Gide ou "Oedipe sur la route" d'Henry Bauchau, des ouvrages qui sont animés par un souffle... Mais surtout peut-être, "Novocento pianiste" d'Alessandro Baricco, un petit chef d'oeuvre de concision et de poésie. J'aimerais pouvoir écrire aussi des romans fleuve, genre 700 000 signes sans reprendre son souffle, mais c'est le genre bref qui me convient le mieux. Je ne tiens guère la longueur et finis par m'ennuyer. De là à penser que l'ennui va gagner un lecteur potentiel...

EV : Qu’aimerais-tu ajouter ?

LL : Mon coup de coeur ira à mes lecteurs canadiens, ceux qui aiment la "littératture qui fesse", c'est à dire, d'après ce que j'ai compris, celle qui ne laisse pas indifférent. Qui oblige l'autre à réagir, aimer ou détester, mais réagir. Tout, plutôt que l'indifférence.

EV : J'aurais appris une nouvelle expression... Pas toujours facile à réutiliser dans une nouvelle ;)
Peux-tu nous en dire plus sur tes publications ?

LL : Plusieurs recueils de nouvelles :

  • Le premier "Leçons de ténèbres" bientôt disponible à nouveau en format numérique aux éditions Mythologica.
  • "Sale temps pour vivre" est destiné aux adolescents et jeunes adultes qui sont capable d'attention à l'autre et d'empathie.
  • Le petit dernier, mon préféré "Nous sommes tous des assassins" publié chez Souffle court, une tentative avec des lieux et des personnages récurrents
  • Le prochain, bien sûr, dont le titre est encore provisoire mais qui sera centré autour d'un anti-héros prénommé Simon.

Leçons de ténèbres Sale temps pour vivre ns sommes

Pour les romans, qui sont plutôt des novellas, je citerais :

  • "Mal de Mère", un cri du coeur ,
  • "Macadam Blues" qui retrace le parcours cahotique d'un p'tit toxicomane dans une société qui vire au brun ou au bleu marine.  

  Mal de mère  Macadam Blues

EV : Où peut-on te retrouver ?

  • Par mail : leo.lam@wanadoo.fr
  • Sur mon compte FB (mais j'intervient très peu sur facebook, ça me dose vite)

EV : Merci Léo pour ta visite. Reviens quand tu veux nous donner des nouvelles de tes publications !


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