fustel

Vendredi dernier, j'ai eu l'honneur d'être membre du jury
de jeux oratoires organisées par le BDE des classes préparatoires littéraires
du lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg. 

J'ai dit honneur ? Je parlerais plutôt de bonheur.
C'était un moment très rafraîchissant.
Croyez-moi, la génération qui arrive
apportera sa contribution à la culture française !


Avant de donner la parole à Marilia Libbrecht, une des compétitrices,
qui a accepté que je publie un texte court rédigé dans le cadre de ces jeux littéraires, 
permettez-moi de vous les présenter plus en détail. 

Quatre épreuves se sont succédées :

1- Récitation ou plutôt déclamation de textes.

Le moindre que l'on puisse dire, c'est que ces hypokhâgneux et khâgneux de différentes sections (A/L, BL/ et Chartistes), n'hésitent pas à chercher la difficulté. Ainsi, les trois élèves de la première équipe nous ont proposé un extrait d'Horace de Corneille.

2- Luttes sophistes

Les champions des quatre équipes se sont ensuite opposés deux à deux au cours de six duels. Ils ont ainsi argumenté sur des thèmes variés certains légers (vélo vs monocycle, main vs pied, superman vs batman, tableau vert vs tableau blanc) d'autres plus chargés émotionnellement parlant pour des élèves de prépas littéraires (Sciences-Po vs Ecole Normale Supérieure, faut-il abandonner la prépa ou perséverer...)

Ils ont su montrer une grande capacité à argumenter, mais mieux encore à retourner les arguments de leurs adversaires. Ils feront de redoutables négociateurs !

3- Ecriture sous contraintes

Chaque champion avait une heure pour rédiger un texte après avoir tiré au sort :
. un thème (la nature, la préhistoire...),
. une contrainte formelle (utiliser toutes les lettres de l'alphabet, ne pas utiliser les verbes faire, dire, penser, devoir...)
. et trois mots peu usités à placer obligatoirement de manière suffisamment fluide pour que le jury n'arrive pas à les repérer.

C'est ainsi quatre textes au format court qui nous ont été admirablement lus. Les compétiteurs ont montré de véritables talents, puisant dans leurs capacités rédactionnelles et dans leur grande culture pour notre plus grand plaisir.

C'est un de ces quatre textes que vous pourrez lire ci-dessous ;)

4- Concours d'éloquence

Enfin, quatre élèves se sont succédés pour nous montrer leurs talents oratoires à partir de la citation de Sade : « La tolérance est la vertu du faible.»
C'était sans doute l'épreuve la plus difficile à noter pour le jury, malgré la liste de critères pondérés préparée avec talent par les organisateurs.
En effet, chaque compétiteur a préparé avec sérieux sa prestation pendant une semaine et nous ont présenter des argumentaires très variés.
Le vainqueur a bien mérité sa première place, mais les trois autres n'ont nullement démérités :)

Le jury
Nous étions donc cinq à départager les candidats :
- un docteur en droit, professeur à la faculté, spécialiste du droit privé de la culture,
- un ancien directeur de conservatoire, aujourd'hui chargé de mission à la Ville de Strasbourg, en charge en particulier des Bibliothèques idéales,
- un officier supérieur et poète,
- une agrégée de lettres, par ailleurs Proviseure adjointe du lycée Fustel de Coulanges
- votre serviteur, qui parait-il, anime un blog dédié à la promotion des nouvelles...


Je me tais enfin pour vous laisser apprécier
le texte écrit sous contraintes de Marilia Libbrecht
Je ne doute pas qu'elle a toutes les qualités requises pour devenir une nouvelliste de talent :)

Contraintes :
> thème : voyage
> intégrer 6 citations
> placer les mots : peinturlurer, calamar, fantasmagorique


Aujourd’hui, Maman est morte.

Hier j’étais en doute. Aujourd’hui je suis en peine. J’ai vu le monde de mon crime, mon inceste et parricide. Et ce monde, je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. Aujourd’hui, je ne le vois plus, et ma fille Antigone m’accompagne dans ce fantasmagorique voyage que je devine en rêve.

Depuis notre départ, nous avons traversé mers et terres, côtoyé calamars et caribous, côtoyé ces albatros qui suivent, indolents compagnons de voyage, le navire glissant sur les gouffres amers, et nagé aux côtés des néréïdes d’or en leur bateau d’écume. Mais les pas qui nous portent vers cet horizon peinturluré d’espoir, où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, me ramènent à mes fautes et à mon coupable coeur.

Antigone, ma fille, je me sens lourd de torts. Ma vie n’est qu’une chute que traîne le remords. Je la quitte aujourd’hui et te laisse reprendre ces malheurs dont le sort nous accable.

Ma fille, prend ton essor, va, court, vole et nous venge. Je poursuis au-delà mon voyage et ma fuite.

Dans les bras de sa chair, Oedipe aux pieds meurtris mourut dans son déshonneur et la laissa, perdue.

Ô mortel, je te prie, laisse faire le temps
La mort est une étape, et ne t’en désespère !
Vivons, puisque la vie est si courte et si chère
Et que même les rois n’en ont que l’usufruit.


Marilia Libbrecht

avec la participation de Clémentine, Nicolas et Antoine