portraitBien que nous ayons plus de 30 ans d'écart,
voilà qui me donne un coup de vieux !,
nos écrits se sont croisés deux fois en une année.
- Nous avons tous deux concouru dans le cadre
du 6ème tournoi des nouvellistes de la Revue du Nouveau Monde,
- Nos textes ont été primés au 32ème Grand prix littéraire du pays de Buch.

Aujourd'hui, j'ai donc le très grand plaisir de recevoir Chimène Peucelle !


EV : Bonjour Chimène. Tout d’abord, qui es-tu ?

CP : Bonjour Erik ! Je suis une jeune écrivaine de seize ans, passionnée de littérature ados/jeunesse et de l’imaginaire. Je suis en classe de première, filière littéraire.

EV : En filière littéraire ? Pourquoi ne suis-je donc pas surpris ;)
Quand as-tu commencé à écrire ?

CP : J’écris des "romans" (je mets des guillemets autour du mot parce qu’à l’époque, ça n’avait de roman que le nom) depuis que je suis en primaire, mais je me suis intéressée aux nouvelles quand j’ai voulu m’essayer à des concours d’écriture. Faute de temps, je ne fais quasiment plus que des nouvelles désormais.

EV :  C'est ainsi que ton nom est devenu familier dans la sphère des nouvellistes fantastiques :)
A quelle occasion as-tu rédigé ta première nouvelle ?

CP : Je souhaitais participer à un concours d’écriture départemental quand j’étais au collège, et nous avions un nombre de pages maximum imposé. Cela m’a forcée à raccourcir mon format habituel – j’ai tendance à écrire des textes assez longs. J’ai écrit la nouvelle rapidement, le gain de temps par rapport à l’écriture d’un roman m’a beaucoup surprise (et conquise).

EV : Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ?

CP : C’est un format qui peut être moins décourageant pour les "petits" lecteurs. Et c’est un bon entraînement pour les écrivains qui souhaitent travailler leur plume sur un écrit plus court avant de se lancer dans la grande aventure d’un roman.

EV : Quels genres littéraires abordes-tu dans tes écrits ?

CP : J’écris exclusivement de la fantasy et du fantastique : la science-fiction demande une rigueur que je n’ai pas, et le réaliste ne m’attire pas. Pour citer un auteur dont j’ai oublié le nom, en matière de littérature réaliste, j’ai l’impression que "tout a déjà été fait, et bien fait de surcroît". Je ne vois pas comment ajouter ma pierre à l’édifice. Le public que je vise semble évoluer avec mon âge, assez logique comme je suis encore jeune : de la littérature jeunesse je suis passée à la littérature ados, et certains de mes textes parmi les plus récents sont davantage destinés aux adultes. Mes histoires s’articulent principalement autour de mes personnages, quels que soient leur caractère ou leur design ; le design d’un personnage est pour moi un point très important de son développement. Je peux y passer des jours quand sa personnalité sera pliée en deux temps trois mouvements.

EV : Ah oui ? Je crois que tu es la première invitée de cette chronique a me parler du design de ses personnages :)
Comment te vient habituellement l’inspiration ?

CP : Je fonctionne essentiellement à ce que j’appelle "l’étincelle", c’est-à-dire une idée qui me vient d’un seul coup et que je retravaille peu (qu’il ne faut pas oublier de noter, ou elle repart aussitôt). J’assemble ensuite mes multiples "étincelles" pour bricoler un nouveau projet. Mon écriture s’organise toujours autour de mes personnages : l’intrigue se construit selon leurs caractéristiques, après que je les ais créés. Pour débuter l’écriture d’une nouvelle, je choisis au préalable quels personnages vont y intervenir : mes protagonistes viennent quasiment tous de mes projets de romans et je les réutilise à loisir dans mes nouvelles, comme des acteurs qui jouent des rôles différents selon le contexte et les contraintes. Je m’inspire aussi beaucoup de certains de mes rêves, mais c’est plus aléatoire. Je ne pense pas que mes lectures influencent beaucoup mon inspiration, mais les jeux vidéo m’aident beaucoup, notamment au niveau du design des héros…

Comme beaucoup d’amateurs de fantasy, j’aime m’inspirer des folklores du monde entier, c’est à la mode ces temps-ci. Parmi mes domaines de prédilection : les anciens dieux, les bestiaires fantastiques et surtout, les codes vestimentaires ou prénoms de personnages liés à ces mythologies. On se documente plus qu’il n’y paraît juste en lisant un texte de fantasy bien renseigné.

EV : Peux-tu nous en dire plus sur tes habitudes d’écriture ?

CP : Elles ont pas mal évolué ces six derniers mois. Auparavant capable d’écrire n’importe où et quelles que soient les circonstances, j’ai perdu cette polyvalence pour privilégier des ambiances plus calmes et un cadre familier. J’essaie d’écrire tous les jours malgré ma scolarité ; la plupart du temps, j’écris sur papier faute d’avoir un ordinateur à disposition, puis je recopie tout au numérique dès que je peux. En revanche, je ne peux pas écrire en silence : un brouhaha léger m’aidera à me concentrer, ou bien j’écoute de la musique. Je suis du genre à écouter une même chanson en boucle pendant des jours et, comme beaucoup d’écrivains, je change de musique selon ce que j’écris : une scène importante aura son fond sonore personnel, un personnage à développer aura un thème particulier…

Concernant l’écriture d’une nouvelle, j’ai généralement beaucoup de problèmes avec leur chute ; j’ai tendance à repousser le problème jusqu’à l’écriture du dénouement pour trouver ma fin. Sauf dans des cas précis (ma nouvelle « Poker » notamment) qui ont un enjeu important et qui me demandent beaucoup de préparation. Pour ces nouvelles-là, je m’oblige à trouver la chute avant de commencer l’écriture ! Donc j’écris tous mes textes dans l’ordre, et le synopsis est rarement très précis, à part pour quelques scènes-clés. Ma plus grande liberté réside dans les interactions qu’ont mes personnages, ils me surprennent souvent.

EV : Toi aussi, tu dois faire face aux velléités autonomistes de tes personnages ;)
As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

CP : Ça date un peu, mais en primaire et au collège (parce qu’à part ça, ma vie d’auteure…), on me posait toujours deux questions qui m’horripilaient : "C’est toi qui écris des livres ?" et "ça te rapporte de l’argent ?". C’est tristement éloquent sur la mentalité de certains et malheureusement, ces questions étaient très régulières. J’avais la casquette de l’intello de service qui "écrivait des livres". Et non, ça ne me rapportait pas d’argent. (Dommage, dirais-je cyniquement.)

EV : Je confirme. Parmi tous les auteurs que je connais, une infime fraction peuvent vivre de leur plume.
Que conseillerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

CP : Beaucoup de personnes me disent se lasser très rapidement de ce qu’elles écrivent et ne jamais réussir à terminer un texte par manque de confiance. Je pense que la nouvelle, par sa brièveté, permet de contourner plus facilement ce problème. La chute d’une nouvelle est très importante à mon sens ; décevoir son lecteur avec  sa chute peut coûter cher quant à son ressenti global sur la nouvelle… Pour les nouvelles se déroulant dans un monde imaginaire, gare à ne pas se lancer dans de longues descriptions sur l’univers créé : certes, contrairement à un roman on dispose de moins d’espace pour planter son décor, mais trop d’informations d’un coup risquent de déconcentrer le lecteur, surtout si ces descriptions prennent une trop grande place dans la nouvelle.

Après je suis encore une débutante, alors mes conseils sont bien subjectifs.

EV : Jeune certes, mais déjà bien aguerrie ;)
Et à un lecteur de nouvelles ?

CP : La chute me semble le point le plus important d’une nouvelle : sera-t-elle à la hauteur des attentes portées par le reste du texte ? C’est sur cet aspect-là que je me concentre quand je lis une nouvelle, et à mon avis c’est une bonne manière de juger une œuvre pour déterminer le travail de l’auteur, s’il a allègrement mené ses lecteurs en bateau du début à la fin (pour leur plus grand plaisir) ou s’il a cédé à une certaine facilité… La façon dont est planté le décor est aussi cruciale, surtout en SFFF où tout un univers doit être présenté en quelques pages.

EV : S’il y avait un livre que tu as lu et apprécié et dont tu aurais aimé être l’auteur, ce serait lequel ?

CP : Question ardue ! Je n’ai jamais eu de coup de cœur absolu pour un texte, je ne m’identifie vraiment qu’aux miens. Mais si je devais citer quelques romans (je lis peu de nouvelles) dont j’aurais peut-être aimé être l’auteur, ce serait « La Fille-Sortilège », de Marie Pavlenko, ou bien soyons fous, « Les Annales du Disque-Monde » de Terry Pratchett.

EV : Qu’aimerais-tu ajouter ?

CP : Ce que je déteste par-dessus tout en fantasy, c’est le manichéisme lumière/ténèbres, qui est fait et refait mais dont personne n’a l’air de se lasser. Découvrir "un maléfique seigneur des Ténèbres affrontant un glorieux héros se battant pour le triomphe de l’amour et de la lumière" à chaque livre lu, ça commence à peser, et c’est particulièrement fréquent dans la littérature jeunesse dont je suis friande. Le manichéisme est quelque chose d’assez néfaste pour un développement psychologique et je ne vois pas pourquoi il prend encore tant de place, bien que certains innovent de plus en plus en proposant des antagonismes alternatifs dans leurs intrigues. Alors le manichéisme, je l’évite à tout prix…

EV : Et bien, voilà qui est dit :)
As-tu déjà été publié ?

CP : Malheureusement non… ! Mais cela fait partie de mes objectifs. Je m’intéresse aux appels à textes depuis peu. L’une de mes nouvelles, lauréate d’un concours, a bien été publiée à la fin d’un roman, mais j’estime que ça ne compte pas vraiment. Il y a aussi les petits recueils de nouvelles distribués aux gagnants de certains concours, mais idem, ce n’est pas une vraie édition.

EV : Quand je vois tes succès actuels, je ne doute pas que tu ne tarderas pas à être publiée ;)
Peut-on trouver certains de tes textes sur le web ?

EV : Où peut-on te retrouver ?

EV : Merci beaucoup d'être passée nous voir. En ce début d'année, je te présente mes meilleurs voeux pour 2017, avec de beaux textes issus de ta plume, et qui sait, l'une ou l'autre publication ?


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