Claudine Hillard

 

Je l'ai ratée lorsque je suis allé aux Sables d'Olonne autour du 14 juillet.
J'ai néanmoins réussi à m'entretrenir avec elle pour préparer cette interview


J'ai le plaisir aujourd'hui d'accueillir Claudine Hillard

 

EV : Bonjour Claudine. Tout d’abord, qui es-tu ?

CH : Bonjour. Pas facile de se présenter en quelques mots. Disons pour faire simple que, depuis 2008, je suis retraitée de l'enseignement et que j'ai la chance de vivre, au doux pays des Olonnes, en Vendée.

EV : Depuis combien de temps écris-tu des nouvelles ?

CH : Depuis toujours puisqu'il paraît que j'écrivais des historiettes, dès le CP.

À douze ans, fascinée par Anne Franck, j'ai commencé un journal, alimenté pendant cinq ans. J'y consignais des anecdotes mais, surtout mes pensées, mes impressions sur la vie.

Aux alentours de seize ans, j'ai composé des poèmes, assez tourmentés. Vers vingt-et-un ans, j'ai écrit quelques nouvelles brèves, à caractère social.

Entre vingt-deux ans et soixante-deux ans, je n'ai plus écrit de textes fictifs. Je me suis consacrée à mon rôle de mère, puis à celui de grand-mère. Ces derniers n'étant pas incompatibles avec l'écriture, j'en déduis que je suis pas auteur, dans l'âme. J'écrivais lorsque je me cherchais ; aujourd'hui, j'écris parce que j'adore les exercices de style ou jongler avec les mots.

EV : A quelle occasion as-tu repris la plume ?

CH : Un appel à textes paru en 2010, dans un journal du Conseil général, qui incitait les amoureux de la Vendée à participer à la réalisation d'un recueil de Contes et Légendes. Le jury était constitué, entre autres, de deux personnes que j'admire beaucoup – Yves Viollier, écrivain du terroir, appartenant à l'école de Brive, et Agnès Varda. Je me suis lancé un défi. J'ai imaginé un conte de fées, situé au coeur des marais salants, et (re) découvert le plaisir d'écrire. Mon texte a fait partie de la sélection et voilà....

J'ai ressenti l'envie de poursuivre l'aventure et les belles rencontres.

EV : Quelles qualités trouves-tu à la forme des nouvelles ?

CH : Sa rigueur, incontestablement. Quand j'écris, je sabre tout ce qui ne me paraît pas utile à la compréhension ou au déroulement de l'histoire. Je veille à la justesse du vocabulaire ; chaque terme doit avoir un impact. Dans la nouvelle, la moindre faiblesse se remarque comme une tache de vin rouge au milieu d'une nappe blanche, contrairement au roman - un chapitre moins maîtrisé peut passer si l'ensemble est bon.

Je trouve aussi que la nouvelle laisse une plus grande liberté au lecteur, lui ouvre un vaste champ d'exploration. Comme elle se déroule sur une période relativement brève et offre un concentré d'émotions, elle laisse entrevoir, entre ses lignes, ses jardins secrets, j'aurais presque envie d'écrire ses dessous. En tant que lectrice, si j'apprécie d'être guidée, j'ai besoin de vagabonder, voire de divaguer, au sens d'emprunter des chemins de traverse plutôt que les routes droites. C'est un ressenti très personnel.

EV : Je trouve cette image des chemins de traverse très parlante : chaque lecteur reste libre de choisir son chemin dans la direction esquissée par l'auteur...
Quels genres littéraires abordes-tu dans tes écrits ? 

CH : Comme pour mes choix de lectures ou de films, je suis assez éclectique. Cependant, l'apprentissage de la vie pourrait constituer le fil rouge de mes nouvelles (75 à ce jour mais certaines existent sous deux ou trois versions différentes). Mes personnages sont souvent des enfants, des ados ou de jeunes adultes, donc des personnes en devenir qui cherchent des solutions pour s'en sortir et affûtent leurs forces, au cours des épreuves. On parle de romans d'initiation, toute modestie mise à part, je pourrais dire que j'écris des nouvelles d'initiation.

Bien évidemment, elles se terminent rarement par une boucle bouclée, elles peuvent, même, évoquer plusieurs futurs possibles. On me demande souvent la suite d'une nouvelle mais je n'ai jamais envie de faire une suite, cela deviendrait une corvée. Et, ça fait belle lurette que je ne m'impose plus de corvées.

EV : 75 nouvelles ! Je suis impressionné :)
Comment te vient habituellement l’inspiration ?

CH : Ma plus grande faiblesse, c'est le manque d'imagination. Voilà pourquoi j'aime les concours à thèmes, je pars d'un sujet, parfois d'un mot, et je gravite autour. Je l'explore sous tous les angles, toutes les coutures. L'idée principale émerge et les autres s'y greffent assez vite. J'écris en spirale, sans faire de plan, je jette mes idées sur la page blanche, ensuite, je les ordonne afin de construire l'ossature de la nouvelle.

EV : As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

CH : Sur ma vie d'auteur, non, puisque je ne suis pas vraiment auteur (sourires). Pourtant, l'écriture occupe une part importante de mes activités – outre quelques concours (j'en fais de moins en moins) je participe régulièrement aux jeux d'un forum littéraire dont les électeurs-auteurs sont exigeants. Mais sur les raisons qui m'ont donné l'envie d'écrire, oui. 

Caneton un peu fantasque, au sein d'une famille de cygnes matheux, j'ai écrit pour me démarquer mais, surtout, pour trouver un refuge, une échappée belle, presque une thérapie. Et lorsque je me faisais traiter de «littéraire», j'allais me consoler avec mes copains qui s'appelaient Victor Hugo et Alexandre Dumas, un peu plus tard Rimbaud et Verlaine. À onze ans, je connaissais Les Misérables sur le bout des doigts ; je les relisais dans le texte intégral, savourant même les longues digressions chères au Père Hugo - celle du malheureux s'enfonçant dans les sables mouvants m'a beaucoup marquée. Je me souviens de ma fascination pour le personnage d'Éponine : naître fille Thénardier et mourir en martyre, quelle destinée !

Quant aux Trois mousquetaires (et leur suite : Vingt ans après ; Le vicomte de Bragelonne), si j'aimais D'Artagnan et sa verve gasconne, j'étais davantage attirée par la sagesse d'Athos.

L'esprit façonné par Hugo et Dumas, ces deux grands maîtres (à penser ?), comment aurais-je pu ne pas écrire?

EV : Voilà qui donne envie de relire le "Père Hugo" :)
Quels conseils donnerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

CH : D'abord d'en lire – de tous temps et de tous les pays - sans oublier de visiter les sites de concours, les blogs de nouvellistes - on y trouve des merveilles.

Ensuite, je lui dirais qu'il ne suffit pas de posséder un brin de talent, seul le travail paie. Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse et le repolissez. 

Je lui conseillerais enfin de faire lire et critiquer ses écrits par des lecteurs mais surtout par des collègues de plume qui lui permettront de questionner ses textes.

EV : Quel conseil donnerais-tu à un lecteur de nouvelle ?

CH : De s'autoriser, s'il en a envie, à commencer par la nouvelle dont le titre le tente le plus. Et s'il aime un(e) nouvelliste, d'enchaîner sur ses autres recueils.

EV : Qu’aimerais-tu ajouter ? 

CH : On ne changera pas la mentalité des gens. Lorsqu'une personne te dit, vaguement intéressée :
Parait que t'écris des nouvelles, tu n'as pas le temps d'acquiescer qu'elle ajoute, la bouche gourmande.  Et un roman, tu as déjà écrit un roman ?

Comme si la nouvelle était la parente pauvre de la littérature, voire appartenait à la sous-littérature.

Alors qu'elle constitue l'un de ses plus beaux joyaux : Maupassant, Mérimée, Théophile Gautier, Edgar Poë et tant d'autres en attestent, à son firmament.

EV : Merci pour ce plaidoyer auquel je souscris pleinement, évidemment ;)
As-tu déjà été publié ?

CH : Je suis l'exception qui confirme la règle, moi ! Je ne veux pas me faire publier, je n'ai aucune envie de courir les salons pour la promotion de mes livres. Je suis une flemmarde, au fond. Plus sérieusement, je n'en ressens nul besoin, nulle envie. Peut-être, aussi, parce que tout le monde écrit aujourd'hui (ou paie un nègre pour ce faire) et qu'un bon romancier/nouvelliste attirera une dizaine de curieux tandis que la foule, se pressant à la séance dédicaces de Michel Drücker (c'est un exemple, je n'ai rien contre lui), créera un embouteillage monstre.

Par contre, suite à des concours, bon nombre de mes nouvelles ont été publiées dans des anthologies,revues, recueils collectifs (papier). Je cite, entre autres :

  • "Contes et Légendes de Vendée" Volume 1 et Volume 2
  • "Leitmotive, Opus 3" JFE 2012
  • "Des nouvelles du désir", George Sand 2012, L'Harmattan
  • "De l'autre côté, l'espoir" Epicuria Events 2013
  • Et, bientôt, le recueil du concours Vega - j'ai la chance de faire partie des lauréats 2015 et j'en suis très fière et très honorée.

CLV2  LMT3  DND8  DACE

EV : Peut-on trouver certains de tes textes sur le web ? 

CH : Je n'ai fait ni blog ni page FB attitrée.

On peut lire ma nouvelle sélectionnée lors du 5ème Tournoi des nouvellistes dans le Tome 2 du Hors-série n°2 de la Revue du Nouveau monde : elle s'intitule "Et nous nous souviendrons que la Terre était ronde".

Bravo, au passage, pour avoir décroché le premier Prix.

EV : Merci ! Merci aussi d'avoir accepté de répondre à mes questions :)

 


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