P1280483Photo © Pascale Doré

Cette semaine, nous recevons un nouvel invité VIP.
Il est romancier, mais aussi nouvelliste SF.
C'est un autre lauréat du célèbre prix Rosny aîné.

J'ai la joie d'accueillir Laurent Whale

 

EV : Bonjour Laurent. Tout d’abord, qui es-tu ?

LW : Un auteur franco-british, terminé au whisky (Aberlour 16 ans) et aux côtes du Rhône (Crozes Hermitage de préférence) ! Biberonné à la SF et au Thriller.

EV : En ce qui concerne l'Aberlour et le Crozes Hermitage, nous sommes faits pour nous entendre ;) Pour le reste aussi, d'ailleurs !
A quel âge as-tu commencer à écrire ?

LW : Vers 44 ans, mais j’avais commis de petits textes à l’âge des boutons sur la figure et aussi une BD, parce que je croyais que je dessinais comme Manchu… et puis un jour je l’ai rencontré ;-)

EV : Ça serait sympa de nous raconter cette rencontre, un jour ;)
Comment en es-tu venu à écrire ta première nouvelle ?

LW : C’est un auteur malheureusement disparu (A. le Bussy) qui m’y avait mis en me donnant quelques conseils avisés au passage. Et puis, à l’époque, j’avais une colère contre certains aspects du système et j’écris mieux quand je suis en colère.

EV : Un autre point de connivence : je n'ai pas eu la chance de le rencontrer, mais ce sont ces romans "Yorg de l'île", "Rork des plaines" et "Hou des machines" qui m'ont introduit dans la SF contemporaine.
Quelles qualités trouves-tu aux nouvelles par rapport aux autres formes littéraires ? Quelle place occupent-elles parmi tous tes écrits ?

LW : à vrai dire, je n’ai publié qu’une quinzaine de nouvelles, il me semble. Ce n’est pas beaucoup en regard des spécialistes du genre. Mais elles ont une place à part pour moi, ce sont des éclats de voix. Elles sont le reflet de mon état d’esprit à un instant donné. Mais j’essaie toujours qu’elles aient une vie propre et que le lecteur puisse s’y sentir chez lui. Contrairement à l’idée reçue, une nouvelle me prend souvent plus longtemps à écrire qu’un roman. Je les termine, puis je les relis au fil du temps et parfois un AT arrive qui me permet d’en placer une. Je ne réponds pratiquement jamais aux appels à texte, je suis trop occupé avec mes romans.

EV : Quels sont les genres littéraires que tu abordes dans tes écrits ?

LW : Le thème récurrent est le voyage, le dépaysement. Puis, aussi la lutte et l’initiation. Mais aussi des coups de gueules déguisés en aventure échevelée ! J’ai sévi dans les domaines de la SF (Space opera, planet opera, polar SF et post-apo) et, depuis 3 ans, je fais des incursions dans le thriller (sur base historique). Je crois que je vais également tenter le polar noir.

EV : Voici un beau champ d'investigation, qu'il soit spatial ou noir ;)
Comment te vient habituellement l’inspiration ?

LW : elle nait, comme je disais, d’une colère, d’une révolte ou d’un sujet qui me tombe dessus au détour d’une conversation ou d’une émission de radio ou télé. Mais aussi de plein d’autres choses, comme les rêves (que je sais provoquer et comprendre – oui, j’ai longtemps vu un psy !).

EV : Peux-tu nous en dire plus sur tes habitudes d’écriture ?

LW : D’abord, je n’écris jamais sur du papier, pour éviter d’avoir à recopier ensuite, ce qui peut s’avérer fastidieux. Sur le papier, je ne prends que des notes. Je travaille sur un PC portable et sous Word, mais il m’arrive en voyage d’utiliser une tablette avec un vrai clavier. Il n’y a pas la version complète de Word mais c’est suffisant dans le train ou l’avion. J’aime bien écrire en voyage, l’ambiance m’inspire. Mais la plupart de mes écrits ont été réalisé sur mon bureau.

Je n’ai pas d’heure pour travailler, mais j’aime bien tôt le matin ou tard le soir. De la même manière, le temps dévolu à l’écriture est variable. Il est fonction de ma disponibilité, de l’endroit du récit où je me trouve et de mon état de fatigue ou de forme. Mais plus généralement de mon envie.

Enfin, je fais rarement un synopsis pour une nouvelle (jamais, en fait), je fais ça seulement pour présenter l’idée d’un roman à un éditeur potentiel.

Ah oui : nombre de mes camarades auteurs ont besoin de musique pour bosser, moi, je ne supporte pas ça. Le seul son que je tolère est celui de la mer ou d’un orage (j’adore la pluie).

EV : Ecrire sous l'orage, cela peut-être sympa, oui ;)
As-tu une anecdote à raconter à nos lecteurs sur ta vie d’auteur ?

LW : Il y en a des tonnes. Pratiquement sur chaque salon, à chaque nouveau livre ou nouvelle parution il se passe un truc marrant. Mais en extraire une en particulier, c’est un peu dur ! Tiens, une fois sur un salon, un camarade auteur (Jean Milleman) et moi avions inventé un hymne chanté pour notre éditeur. Nous avions décidé de l’interpréter debout chaque fois que nous dédicacerions deux livres au même moment (un pour lui et un pour moi). Nous avons dû brailler toute la journée, ce qui nous a valu l’ire de nos voisins de table ! Je sais, c’est flatteur pour nous, mais je ne vais pas me fouetter non plus ;-)

EV : Voilà qui devait mettre une excellent ambiance sur le stand :)
Quel conseil donnerais-tu à celui qui voudrait écrire des nouvelles ?

LW : Le même que m’avait donné Alain le Bussy : quand l’envie est assez forte et que tu as un sujet, prends un papier et un crayon et arrête de procrastiner ! Il faut aussi s’éduquer à lire le travail des autres. Je veux dire BIEN lire. Comprendre les rouages, l’angle choisi, les ressorts de l’histoire et les raisons de ces choix. Mais, le meilleur conseil est quand même de participer à un de mes ateliers d’écriture ! (pub éhontée, on n’est jamais si bien servi… etc !) ^^

EV : Et un  conseil au lecteur de nouvelle ?

LW : Lire de tous les styles, boire à toutes les fontaines et ne pas se cantonner à un seul genre. Il y a des trésors sous toutes les pierres.

EV : Parmi tous les personnages auxquels tu as donné vie, il y en a-t-il un pour qui tu aurais un attachement particulier ? Lequel ? Pour quelles raisons ? Où peut-on faire sa connaissance ?

LW : Difficile de choisir, mais en SF, je dirais Tom Costa, dans « Les étoiles s’en balancent » et la suite « Les damnés de l’asphalte », et aussi Yoran le Goff, dans « les Pilleurs d’âmes ». Pour le Thriller, Jeanne Le Migou (jeune pilote de jungle qui me tient particulièrement à cœur) ou Dick Benton.

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EV : Justement, j'ai savouré il y a quelques semaines "les pilleurs d'âmes", texte de rétro-fiction qui a reçu le prix Rosny aîné. Comment t'est venue cette idée de mêler une histoire de flibustiers avec un thriller d'espionnage extra-terrestre ?

LW : Au départ, j’avais travaillé le projet avec le directeur de collection d’un autre éditeur (JC Dunyach, chez Bragelone)  mais l’histoire devait se situer dans un environnement mongol. Guerres de clans, conquêtes, etc. Puis, finalement, ce n’était pas suffisamment abouti et ils ne l’ont pas pris. Je l’ai ensuite retravaillé dans une version jeunesse pour Mango, sous la direction de Xavier Mauméjean mais, une fois de plus, le projet a été retoqué. Enfin j’en ai écrit la version définitive dans le monde de la flibuste et je l’ai remisé dans ma poubelle virtuelle et oublié là.

L’idée de fixer le récit au 17eme siècle m’est apparue logique dès lors que je me suis intéressé à la période en question. À vrai dire, cela m’a permis de vraiment rééquilibrer l’histoire. Et puis, c’est une période tellement foisonnante d’aventuriers que ça en fait un cadre idéal. Je me suis documenté à fond, tant sur les navires, équipements et usages que sur la situation historique. Ensuite, tout a coulé de source. C’est depuis cette expérience  que je passe beaucoup de temps à me documenter. C’est devenu un plaisir à part entière dans l’acte d’écriture.

Un an plus tard, Xavier Dollo, patron de la toute nouvelle maison d’édition Ad Astra, qui avait eu vent de l’existence de ce manuscrit, m’a contacté et décidé de le publier. C’était sa première publication et il a eu un joli petit succès. Comme quoi : ne jamais désespérer !

EV : Je peux témoigner que le travail de documentation a été efficace, je me suis vraiment senti plongé dans l'ambiance de la flibuste au XVIIè.
Quels projets littéraires bouillonnent dans ton cerveau en ce moment ?

LW : Je suis en train d’écrire le 3eme tome des « Rats de poussière », une série de thriller qui a commencé avec « Goodbye Billy » et qui s’est poursuivie avec « Le manuscrit Robinson ». J’ai également en chantier le 3eme tome de la série post apo dont je parlais juste avant. Pour terminer, il y a une ou deux nouvelles qui frétillent sous mon chapeau.

EV : Tes lecteurs s'en lèchent déjà les babines :)
S’il y avait un livre que tu as lu et apprécié et dont tu aurais aimé être l’auteur, ce serait lequel ?

LW : « 20 000 lieues sous les mers ». Ça, c’est un monument.

EV : Aurais-tu des coups de coeur ou des coups de gueule à ajouter ? 

LW : Les coups de gueule seraient trop nombreux en ce moment, alors parlons plutôt des coups de cœurs ! En SF/ Fantasy, j’ai beaucoup aimé « Port d’âmes » de Lionel Davoust, « Aucun homme n’est une île » de Christophe Lambert (l’auteur, pas l’autre),  « Dominium Mundi » (les 2) de François Baranger, « Techno Faeries » de Sara Doke, « La voie des Oracles » (les 3) d’Estelle Faye, « Zombitions » d’Aurélie Mendonça et « Lum’en » de Laurent Genefort. Pour les polars/thrillers : « Yeruldelgger » (à vos souhaits !) de Ian Manook, « Les travers du docteur Porc », de Tran-Nhut, « Les nuits de Reykjavik » d’Arnaldur Indridason (à vos amours !) et « Soleil noir » de Christophe Sémont.

EV : Je sens que ma pile à lire va encore atteindre des sommets ;)
Quels sont tes écrits que tu recommanderais particulièrement à un lecteur qui ne te connait pas encore ?

LW : pour la SF : « Les étoiles s’en balancent », et « Les damnés de l’asphalte ». Pour les thrillers : « Goodbye Billy » et « Le manuscrit Robinson ». Ce sont des romans. Pour les nouvelles, il y a tellement de supports différents que je suggère de se référer à ma page Wikipédia où tout est référencé.

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EV : Peut-on trouver certains de tes textes en accès libre sur le web ?

Aucune idée, je sais que plusieurs de mes romans sont en epub, chez Multivers, ou autre Kindle, mais il y en a de piratés également et je ne saurais franchement dire lesquels. Idem pour les nouvelles. Il me semble cependant que « La chatte de Bukowski » (nouvelle) est en libre accès sur le site de la librairie Bédéciné. Il y a aussi la nouvelle « Le voyage sans fin », parue dans le Galaxies n°36 (2015) qui est donc disponible en numérique en epub et en Pdf. Vous y trouverez également ma biblio et un entretien à bâtons rompus.

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EV : Où peut-on te retrouver ?

EV : Merci Laurent de t'être livré ainsi en toute simplicité. Au plaisir de te croiser bientôt, sur un salon par exemple ?


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